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YOSHIMOTO Banana
(née en 1964, de son vrai nom Yoshimoto Maiko)
Fille d'un critique littéraire connu, elle a
écrit des nouvelles, des romans et des essais.
- Kitchen
(1988, publié en France en 1994, Gallimard, 149 pages). Très grand succès au Japon
(plus 2,5 millions d'exemplaires vendus). Prix Izumi et Kaien 1988.
Mikage, l'héroïne, aime les réfrigérateurs et les cuisines (comme le titre l'indique en anglais). Elle s'y replie à la mort de sa grand-mère, son unique famille, et a la tentation d'une vie végétative. Mais elle en est sortie par un garçon étrange et sa mère - très beau personnage, original - qui l'invitent à habiter chez eux.
Les sociologues se sont penchés sur le succès phénoménal de ce livre, l'attribuant à la tentation de la jeunesse actuelle - et particulièrement japonaise - à être victime du syndrome de Peter Pan (ou syndrome "Tanguy" ?). Mais ce n'est pas, loin de là, le thème principal du livre. Le thème, c'est la perte de l'être aimé, et la nécessité de repartir, sans pour autant oublier le passé ni ce qui a été. Tout ceci n'est pas exempt parfois d'un certain puérilisme, ou au mieux d'un certain sentimentalisme. L'intérêt du livre n'est pas tant dans l'histoire (on pourra néanmoins s'abstenir de lire le laïus en quatrième de couverture qui raconte toute l'histoire : on se moque de nous !!) que dans les personnages, très vivants. D'ailleurs, au moment où l'on se dit que l'histoire s'essouffle un peu, elle s'achève et on enchaîne sur une jolie nouvelle fantastique (fantastique positif, pas menaçant) : Moonlight Shadow
(écrite en 1986). Dans cette histoire, l'héroïne n'arrive pas à faire le "travail
de deuil" (comme on dit maintenant) de son fiancé. On y reconnaît le thème favori
de l'auteur, et on a de nouveau droit à des personnages intéressants. Le tout empreint de
mélancolie. En bref, un livre sympathique.
- N*P (Rivages,
180 pages) (1990, publié en 1997. Traduction de Dominique Palmé et Kyôko Satô). Plus
d'un million d'exemplaires vendus au Japon. Le thème principal du roman est le suivant :
un écrivain japonais - mais émigré aux Etats-Unis - se suicide, laissant un recueil de
nouvelles. Le livre est publié aux Etats-Unis, mais pas au Japon, car la traduction de la
98° nouvelle pose problème : trois traducteurs successifs se sont suicidés avant
d'être parvenus au bout de leur tâche. Etrange, non?
Dans N*P, l'héroïne a perdu l'usage de la parole pendant un certain temps, après une grippe. Les premiers jours, elle continuait de penser avec des mots mais, peu à peu, ils se sont effacés, et elle a commencé à "voir les couleurs qui se déployaient derrière les mots". C'est un poncif que de dire que les mots empêchent de voir ce qu'il y a derrière, la Signification Cachée. Mais elle le dit joliment. En fait, c'est assez puéril, avec de la philosophie à la petite semaine (vivez en regardant la nature autour de vous, en faisant le bien, etc.). Il est donc clair que le livre parle du poids des mots, de leur sens véritable dissimulé derrière une apparence différente due aux langues (japonais, anglais). Pas un mauvais livre, mais beaucoup moins fort que Kitchen. Il reste néanmoins très agréable à lire.
- Lézard (1993,
traduit en 1999 par Dominique Palmé et Kyôko Satô, 131 pages. Rivages. Contient les six
nouvelles suivantes : Les Jeunes mariés, Lézard, La Spirale, Rêve
de Kinchi, Du Sang et de l'eau, Histoire curieuse des bords de la
rivière.
On notera que de manière parallèle à l'héroïne de N*P, celle de Lézard a
perdu la vue pendant trois ans (de cinq à huit ans). Sous ces apparences différentes,
c'est donc un des thèmes favoris de Yoshimoto Banana : la perte. D'un sens, qui permet de
voir la vie autrement, ou bien d'un être cher (cf. Kitchen, Moonlight Shadow).
Dans les deux cas, la vie d'un personnage se trouve bouleversée et on bascule dans le
surnaturel, évident dans Moonlight Shadow, suggéré dans Lézard, en
fond dans Kitchen. Il s'agit de "surnaturel léger" dans le meilleur des cas, mais qui peut se faire lourd (Les Jeunes Mariés, par exemple). Tant
qu'on en est dans les thèmes de Yoshimoto Banana, on peut remarquer que la mélancolie,
chez elle, se trouve dans le bleu du ciel, le vert des arbres (exemple page 67 de Lézard,
dans la nouvelle Rêve de Kimchi, on trouve "la mélancolie des matins
ensoleillés"). Ce recueil de nouvelles est assez inégal. Il n'est pas mauvais, mais
on ne sent plus la fraîcheur de Kitchen. Lézard sent un peu le renfermé.
- Le Dernier Jour (2000, traduit par Elisabeth Suetsugu, 120 pages), Ed.Philippe Piquier 2001. Ce livre contient neuf nouvelles. Pour varier un peu le cadre de ses histoires, Yohimoto Banana a choisi l'Amérique du Sud, et plus particulièrement l'Argentine, un peu, et le Brésil, beaucoup. L'ombre de la mort plane toujours, les histoires sont toujours écrites à la "première personne du féminin". A l'occasion d'une visite en Amérique du Sud, dans le cadre du travail ou autre, la narratrice se remémore des souvenirs ou explicite par flash-back les raisons de sa venue. Il n'y a pas vraiment de chute, ce sont des vignettes pleines de nostalgie mais aussi vaguement optimistes : parce que même si la mort finit toujours par l'emporter, la vie c'est quand même chouette. Et elle continuera sans nous, "le même vent soulèvera les feuilles des platanes du chemin, oui, et à cette idée, j'ai eu l'impression que la mort ne me faisait plus peur". (page 69, nouvelle "Les Platanes") .
Autre livre paru en français :
- Dur, Dur (2 nouvelles)
Note : d'après
George Gottlieb (cf Un Siècle de Romans Japonais, très bon livre hélas
épuisé. Une réédition SVP ?), son écrivain préféré serait Truman Capote.
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