Livre.gif (217 octets) Littérature Japonaise Livre.gif (217 octets)



-
dictées

- listes
- liens recommandés


Papillon.gif (252 octets)

-> retour Japon <-

retour
page d'accueil

 


Tawada Yoko

(Tokyo, 1960 - )

tawada yoko


Née à Tokyo en 1960. Après avoir vécu plusieurs années à Hambourg (à partir de 1982), Tawada Yoko vit à maintenant (depuis 1986) à Berlin.
Elle écrit (des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, de la poésie) en japonais et en allemand mais, contrairement à Nancy Huston, par exemple, elle ne se traduit pas.
Elle a reçu de nombreux prix très importants : Gunzo (Sans Talon, 1991) Akutagawa (Le mari était un chien, 1993), Tanizaki (Train de nuit avec suspects, 2003).

train de nuit avec suspects

Train de nuit avec suspects (Yôgisha no yakôressha, 138 pages, Verdier, traduit du Japonais par Ryoko Sekiguchi et Bernard Banoun)
Il s'agit d'un texte curieux écrit essentiellement à la deuxième personne, ce qui donne un effet intriguant.
Par exemple, page 63 : "
Le lendemain, après avoir flâné dans la ville, vous êtes retournée à l'hôtel reprendre vos bagages et vous vous êtes rendue à la gare, une écharpe en laine vous cachant le bas du visage jusqu'aux yeux, un bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles, avec deux pulls sous votre doudoune. A la gare, un homme en uniforme s'est approché de vous et vous a montré une grosse masse de fer en disant : « Voilà votre train » ".

Le livre est composé de treize parties distinctes, ou "voitures" (chacune intitulée "Destination..." : Destination Paris, Graz, Zagreb, Bombay...), qui se raccrochent parfois assez bien, parfois pas du tout : les époques se mêlent, les identités (notamment sexuelles) se brouillent. On apprend néanmoins quelques éléments biographiques concernant le personnage principal, une danseuse de danse contemporaine.
Quelle est la logique entre les différentes parties, y a-t-il une progression ?

Un passage semble faire allusion au livre lui-même : "
Il y avait de brefs silences entre les différentes histoires. Même brefs, ces silences semblaient avoir été un temps long, mort et condensé, comme le temps qu'on passe sous anesthésie. Vous vous êtes assoupie sans vous en rendre compte, puis vous vous êtes réveillée en sursaut. Ce qui s'était passé entre-temps avait échappé à votre conscience." (page 96)

Au début, la danseuse s'invente (consciemment ou non) des histoires, brode volontairement pour s'occuper (parfois, elle dort très bien dans le train de nuit, parfois pas du tout) : il y a par exemple l'histoire de Véga et Altaïr, noms qu'elle donne à un couple (adultère ?) rencontré à Donaueschingen après le festival de musique contemporaine (au passage, Donaueschingen, les trains de nuit, la source du Danube... raviveront quelques souvenirs à tous ceux qui ont fait leur service militaire dans la région...), l'histoire du café en Yougoslavie, etc.

Il y a aussi un début d'histoire volontairement frustrant pour le lecteur (l'histoire de la contrôleuse et de la femme en robe noire, dans la voiture 8), immédiatement compensé par une histoire racontée en détails, celle de M. Beck : "
Dans un train de nuit, il était rare de tomber sur quelqu'un qui soit clairement vampire de la tête aux pieds. Le diable est dans les détails, a dit M. Beck." (page 89). Et justement, en ce qui concerne les détails, l'auteur caractérise essentiellement un personnage par un détail qui semble l'emporter sur tout le reste, qu'il s'agisse d'un détail physique (ongle...) ou vestimentaire ("une femme en veste noire", page 91).
Ce système (utilisé d'une façon extrême par Zamiatine dans Les Insulaires - et à ce propos Tawada a étudié la littérature russe) permet de dépersonnaliser, théâtraliser, donner un aspect qui paraît trop simple, comme s'il y avait quelque chose à cacher... l'effet d'un être en deux dimensions dans un monde qui en a trois (au moins).

Après les histoires rapportées par des gens rencontrés au gré des voyages (le M. Beck, donc, mais également une comédienne, Mimi), arrivent les histoires narrées par d'autres "médias" : le cinéma (un film d'Hitchcock, évidemment Une Femme disparaît, dans la voiture 10 ; à noter qu'à la fin de cette partie, la danseuse voit apparaître des plantes bizarres, et la voiture suivante s'intitule "Destination Amsterdam"... transition humoristique, sans doute !), un livre (voiture 11)... et puis là, à la voiture 12, l'auteure donne quelques explications au lecteur... qui essaiera de réinterpréter ce qu'il a lu auparavant à la faible lueur qui lui a été donnée. Et d'enchaîner sur un dernier wagon très curieux et entièrement dialogué...
Le texte est comme un quai observé par un passager d'un train qui ne fait que passer : une vignette aperçue, un fragment d'histoire dont le début peut manquer et dont on ne connaîtra sans doute jamais la fin, à moins qu'on en ait assez vu pour la deviner...

La quatrième de couverture nous apprend que Yoko Tawada "est venue pour la première fois en Europe en 1979 par le Transsibérien".




A noter le Colloque international Yoko Tawada (détail ici ou avec notamment :
à Paris : le mardi 12 mai 2009 à 15 h 00 (Centre tchèque, 18, rue Bonaparte)
à Tours : le 14 mai 2009 à 20 h 30 (Amphithéâtre de musicologie - 5, rue François-Clouet) :

Das nackte Auge - L'oeil nu - chapitre 1
représentation théâtrale par le Lasenkan Theater, Berlin (en allemand, japonais, russe et français).
Mise en scène par Saburo Shimada, avec Kei Ichikawa, Kana Torino, Franziska Piesche ; Saburo Shimada (percussion) ; Bernard Banoun (lecture en français).
Entrée libre.

Pour en savoir plus sur le Lasenkan Theater, on pourra aller voir ici .
Les représentations ont déjà eu lieu à Berlin (l'entrée était payante, là-bas).

 

Autres livres traduits en français :
- Narrateurs sans âmes (Erzähler ohne Seelen, 2001)
- Opium pour Ovide
(Opium für Ovid, 2002)
- L'Œil nu (Das nackte Auge, 2005)
- Voyage à Bordeaux (2009)

Autres livres non traduits en français :
- Ame volante (Hikon, 1998)


Pour en savoir plus sur Tawada Yoko :
Editions Verdier : http://www.editions-verdier.fr/allemagne/auteurs/tawada.htm
Site officiel de l'auteure : http://www.tawada.de/



- Retour à la page Littérature japonaise -

 

Toute question, remarque, suggestion est la bienvenue.MAILBOX.GIF (1062 octets)