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MORI Ogai

(17/02/1862 - 09/07/1922)

Mori Ogai était chirurgien, romancier, novelliste, poète, dramaturge, critique, traducteur... bref, un esprit (très) supérieur.
D'une famille de médecins, lui-même diplômé à 19 ans (un record), il étudie les classiques chinois, l'allemand et le hollandais, puis part en Allemagne en 1884 comme boursier du Ministère des Armées. Il travaille dans divers laboratoires, notament avec Koch (l'homme qui découvrit le bacille de la tuberculose en 1882). Il s'intéresse plus particulièrement à l'hygiène militaire, mais profite de son séjour pour se familiariser avec Dante, Sophocle... la littérature et la philosophie en général, mais aussi la peinture, la musique... et bien sûr l'allemand, l'anglais et le français.
Il retourne au Japon en 1888, où il mesure le gouffre qui sépare ces deux mondes, l'Europe et le Japon de l'ère Meiji (1868-1912).
Il veut moderniser la médecine, mais aussi la littérature. Il publie un recueil de poésies occidentales (traduites en japonais), lance plusieurs revues littéraires, et publie des romans (dont son premier, La Danseuse - Maihime - en 1890). Il épouse la fille d'un vice-amiral, divorce l'année suivante (il se remariera plus tard). Son activité débordante est interrompue par les guerres : d'abord contre la Chine (1894-1895 ; il va en Mandchourie, puis à Taïwan), puis la Russie (1904-1905). En 1907, il est nommé Chirurgien en chef des Armées. En 1909, après une longue période de silence littéraire, il publie de nouveau à un rythme soutenu, fonde une nouvelle revue, et s'oppose au naturalisme : pour lui, la littérature doit être portée par un idéal.
Après la mort de l'Empereur et le suicide du général Nogi et de sa femme (1912), qui l'a vivement marqué, il écrit de nombreux romans historiques et biographies.
Il meurt d'une maladie des reins en 1922.
Au cours de sa vie, il aura traduit des oeuvres de Goethe (Faust, dont c'était la première traduction en japonais), Stringberg, Schnitzler, Shakespeare, Ibsen, et publié des traductions de Calderon, Daudet, Hoffmann...


Vita Sexualis ou L'apprentissage amoureux du professeur Kanai Shizuka
(1909, 166 pages, NRF, Gallimard/Unesco, roman traduit par Amina Okawa, préface d'Etiemble). Un professeur de philosophie, Kanai Shizuka, a envie d'écrire. Mais il se demande quoi, d'autant qu'il se fait une haute idée de la Littérature. Il lit beaucoup, mais est plus intéressé par les intentions des auteurs, ce qu'ils ressentaient au moment d'écrire, que par le résultat lui-même. "Et c'est pourquoi, lorsque M. Kanai discerne chez l'auteur la volonté de faire naître chez son lecteur une impression de tristesse ou de tragique, il ne peut s'empêcher de trouver cela infiniment drôle et, lorsque l'intention de l'auteur est de faire rire le lecteur, de ressentir au contraire une certaine tristesse." (page 18).
En lisant des romans naturalistes, M. Kanai est frappé par le fait que les protagonistes sont toujours, quotidiennement, "confrontés de façon passagère au désir sexuel, et que les critiques reconnaissaient que ce genre de roman était l'image même de la vie" (page 19). La vie est-elle ainsi faite ? se demande-t-il alors. Est-il, alors, lui, un être à part ? Il en vient à écrire l'histoire de sa vie sexuelle, la découverte de la "chose", de l'âge de six ans à vingt-et-un ans. C'est un récit initiatique, écrit Etiemble dans son introduction.
Cet ouvrage a été interdit dans les semaines qui ont suivi sa parution dans la revue Subaru (Les Pléiades). Vu de notre époque (où l'on trouve Sade en poche, disponible dans n'importe quelle librairie), il n'y a rien de choquant, pas de scènes "chaudes". Le lecteur suit la vie du narrateur, son déménagement d'une petite ville à Tôkyô, son entrée dans une école privée, ses premiers amis... et à travers tous ces événements, plus ou moins lacunaires, les moeurs de l'époque. Vraiment très intéressant.

Egalement traduits en français :
- L'incident de Sakai, dans l'Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines (une nouvelle), Gallimard.
- L'Oie Sauvage (épuisé...)
- L'Intendant Sansho (également épuisé...)

Films tirés de son oeuvre :
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Abe ichizoku (1938), réalisé par Kumagai Hisatora.
- Les Oies sauvages (Gan, 1953), réalisé par Toyoda Shirô (auteur également d'une adaptation de Tanizaki - Un Chat, Shozo et deux femmes, 1956 - et de Kawabata - Pays de Neige, Yukiguni, 1957)
- L'Intendant Sanshô (Sanshô dayû, 1954), réalisé par Mizoguchi Kenji
- Les Oies sauvages (Gan, 1966), réalisé par Ikehiro Kazuo
- La Princesse-Danseuse (Maihime, 1989)
, réalisé par Shinoda Masahiro (l'auteur notamment de Chinmoku, 1971 - d'après Endô Shûsaku - et de Hanre Goze Orin, 1977 - d'après Mizukami Tsutomu)

Anecdotes :
- La chambre qu'il a occupée quelques mois à Berlin peut être visitée : http://www.berlin-hidden-places.de/yuba_web3/regional_en/mitte/mit_moriogai_en.htm
- On apprend dans Le Grondement de la Montagne, de Kawabata, que les derniers mots de Mori Ogai furent : "Fi ! Sans intérêt" (page 191, traduction de Sylvie Regnault-Gatier et Hisashi Suematsu).


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