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MISHIMA Yukio
(Tôkyô 1925-1970)

De son vrai nom Hiraoka Kimitake, est-il nécessaire de présenter Mishima, sans doute le plus connu - et le plus édité - des écrivains japonais ? Voici néanmoins sa vie résumée en quelques lignes.
Homosexuel de bonne famille (sa grand-mère appartenant à la caste des samourais), très bon élève, il fait des études de droit et est réformé pour cause de constitution délicate. Il se consacre à la littérature à la fin des années 1940, son premier roman à l'allure d'autobiographie, Confession d'un masque, paraissant en 1949. Il y aborde le thème de l'homosexualité.
Il publie de nombreux romans. Après un voyage en Grèce, il se met à remodeler son corps chétif grâce à un entraînement très strict et notamment la pratique des arts martiaux.
En 1957, Mishima épouse Sugiyama Yôko, dont il aura deux enfants.
Son grand oeuvre est la tétralogie connue sous le titre général de La Mer de la Fertilité. Après en avoir achevé le dernier roman, le 25 novembre 1970, Mishima tente un coup d'état avec des membres de la Société du bouclier (qu'il avait créée en 1968), dont le but est de revenir aux valeurs militaires traditionnelles. Devant l'échec de l'insurrection (le gros des membres de la Société du bouclier ne le suit pas), il se fait seppuku dans son quartier général à Tôkyô. Ce suicide est pour beaucoup dans la reconnaissance internationale de son oeuvre.
Il est fascinant de penser que La Mer de la Fertilité, celui sur lequel Mishima a travaillé pour ainsi dire jusqu'au bout, est entièrement sous-tendu, architecturé, par la notion de réincarnation...

- La Mort en Eté (305 pages, folio, traduit de l'anglais par Dominique Aury). Ce livre contient dix nouvelles, d'intérêt divers.
La Mort en Eté, qui donne son titre au recueil, montre les conséquences d'un deuil tragique (la mort de deux enfants) sur un couple. La vie "après" peut-elle reprendre ? et même, doit-elle reprendre ?
Trois millions de Yens est une nouvelle triste, presque sordide dans lequelle on voit jusqu'où peut aller un couple pour parvenir au bonheur qu'ils ont planifié (achats divers, enfant...) et qui coûte forcément de l'argent.
Bouteilles Thermos est également bien, mais pas spécialement gaie non plus.
Puis viennent Le Prêtre du temple de Shiga, nouvelle franchement un peu longue, Les Sept Ponts, vraiment trop longue, et la meilleure nouvelle du recueil, Patriotisme : cette nouvelle décrit méticuleusement le suicide traditionnel par seppuku d'un lieutenant et de sa femme. Très précise sans sombrer dans le gore gratuit, très forte, cette nouvelle est forcément d'autant plus intéressant que l'on sait de quelle façon l'auteur est mort. Toutes les difficultées rencontrées, la douleur, la volonté nécessaire à la réalisation d'un tel acte, résonnent forcément de manière encore plus aiguë. Il faut noter que cette nouvelle été portée à l'écran avec Mishima lui-même dans le rôle du lieutenant (voir en bas de page la section "films")

Dojoji, la nouvelle suivante, est une petite pièce de théâtre vraiment mineure. Onnagata est une nouvelle plus intéressante qui porte sur le milieu du Kabuki.
La perle analyse de façon cocasse les relations et les piques entre femmes d'une quarantaine d'années. Les langes, finalement, traite d'une femme "hypersensible" qui s'interroge sur son mariage avec un acteur à travers une histoire arrivée à leur nurse.

Ce recueil de nouvelles assez diverses mais néanmoins traversées de thèmes communs (propension au masochisme, aucune illusion sur rien et surtout pas le couple, pyschologie torturée, surtout chez les femmes) est donc intéressant ne serait-ce que pour Patriotisme, qui éclipse toutes les autres nouvelles.
Il faut signaler que son plus gros défaut réside dans sa traduction depuis l'anglais. Traduire un texte de l'anglais (ici à la demande de l'auteur), lui-même traduit du japonais conduit à des horreurs, sauf erreur de ma part : ainsi, page 173, le lieutenant entre dans le "living-room" ! yes my dear ! en 1936 dans une maison traditionnelle japonaise !! Puis page 246, Mishima parle d'une pièce de théâtre Kabuki : "... pour jouer Lady Hinaginu" !! A croire qu'un personnage de MacBeth s'est échappé pour aller jouer dans le théâtre Kabuki ! Lady !!! En page 112, on peut lire "cent billions", ce qui fait peur, "billion" en anglais se traduisant par "milliard" en français, un billion étant un million de million (faux amis appris à l'école). Qu'en était-il de l'original japonais ?
Ce sont les problèmes les plus flagrants, mais tout ce recueil "sent" malheureusement très souvent la traduction, ce qui gâche beaucoup le plaisir de la lecture. Mais c'est (hélas !) la majeure partie de l'oeuvre de Mishima disponible en français qui est traduite de l'anglais... A quand une nouvelle traduction établie d'après le japonais ? S'il vous plaît, Messieurs les Editeurs ?

Egalement disponible en français :
- Confession d'un Masque (1949)
- Les Amour Interdites (1953)
- Le Tumulte des flots (1954)
- Le Pavillon d'Or (1956)
- Cinq Nô modernes (1956)
- Après le Banquet (1960)
- Le Marin rejeté par la Mer (1963)
- L'école de la Chair (1963)
- La Musique
- Neige de Printemps (1965, La Mer de la fertilité, volume 1)
- Chevaux échappés (1967, La Mer de la fertilité, volume 2)
- Le Japon moderne et l'éthique samouraï (1967)
- Le Temple de l'Aube (1969, La Mer de la fertilité, volume 3)
- L'Ange de la Décomposition (1970, La Mer de la fertilité, volume 4)
- Madame de Sade (1976)
- Une soif d'Amour
- Pèlerinage aux Trois montagnes (nouvelles)
- L'Arbre des Tropiques
- Le Lézard Noir (adaptation pour le théâtre du Lézard Noir d'Edogawa Rampo)
- Le Soleil et l'Acier (essai, 1973)

On notera que Marguerite Yourcenar a consacré un essai à Mishima intitulé Mishima ou la vision du vide (disponible chez Folio).


Films d'après l'oeuvre de Mishima :
- Shiosai (d'après Le Bruit des Vagues, 1954) réalisé par Senkichi Taniguchi.
- Nagasugita haru (1957) réalisé par Shigeo Tanaka
- Bitoku no yoromeki (1957) réalisé par Kô Nakahira
- Enjo (Le Pavillon d'Or, 1958) réalisé par Ichikawa Kon, le grand réalisateur de la Harpe de Birmanie et Feux dans la Plaine). Il a réalisé un autre film d'après Mishima en 1986 (voir plus bas).
- Ojôsan (1961), réalisé par Taro Yuge.
- Kurotokage (d'après Le Lézard Noir, 1962), réalisé par Umeji Inoue.
- Kemono no tawamure (1964), réalisé par Sokichi Tomimoto.
- Ken (d'après la nouvelle Le Sabre, 1964), réalisé par Kenji Misumi (surtout connu pour Zatôichi monogatari, 1962). Pas un chef d'oeuvre, mais pas le moins bon film du réalisateur. Il bénéficie d'une très belle photo en noir et blanc.
- Nikutai no gakko (L'Ecole de la Chair, 1965), réalisé par Ryo Kinoshita
- Yukoku (Patriotisme, 1965), réalisé par Masaki Domoto et Mishima Yukio, dans lequel il joue lui-même le rôle du lieutenant Takeyama Shinji ! Il dure 30 minutes et il paraît qu'il est un peu gore... Le tout avec le Liebestod extrait du Tristan et Isolde de Richard Wagner.
- Die Hundertste Nacht ("La centième nuit", en français, 1966), téléfilm allemand de Frank Guthke.
- Ai no kawaki (1966), réalisé par Koreyoshi Kurahara.
- Kurotokage (d'après Le Lézard Noir), réalisé par le grand réalisateur Fukasaku Kinji, auteur de films aussi connus que Battle Royale (2001), Guerre des Gangs à Okinawa (1971), Tombes de Yakuzas et Fleurs de Gardénias (1976), etc. Mishima lui-même y joue un petit rôle (la statue humaine) ! Ce film, réalisé en 1968, est sorti aux Etats-Unis en 1969, et en France en 1984.
- Kuro bara no yakata (1969), réalisé de nouveau par Fukasaku Kinji.
- Shiosai (d'après Le Bruit des Vagues, 1971), réalisé par Moritani Shirô.
- Ongaku (1972), réalisé par Masumura Yasuzo.
- Shiosai (d'après Le Bruit des Vagues, 1975), réalisé par Nishikawa Katsumi
- The Sailor Who Fell from Grace with the Sea (d'après Le Marin Rejeté par la Mer, 1976) réalisé par Lewis John Carlino. Avec Sarah Miles, Kris Kristofferson
- Kinkakuji (d'après Le Pavillon d'Or, 1976), réalisé par Takabayashi Yoichi.
- Shiosai (d'après Le Bruit des Vagues, 1985), réalisé par Kotani Tom.
- Rokumeikan (1986), réalisé par Ichikawa Kon
- Markisinnan de Sade (1992), téléfilm réalisé par Ingmar Bergman (eh oui, l'auteur des Fraises Sauvages et du Septième Sceau !).
- L'Ecole de la Chair (1998), réalisé par Benoît Jacquot. Avec Isabelle Huppert, Vincent Martinez, Vincent Lindon, Marthe Keller, etc (très bonne distribution, donc). Une réussite.
- Haru no yuki (2005), réalisé par Yukisada Isao.


Mishima a tourné dans les films suivants :
- Karakkaze yaro (1960), réalisé par Masumura Yasuzo (qui réalisera en 1972 Ongaku, d'après Mishima). Mishima tient ici le rôle principal. A noter que Musumura Yasuzo est également l'auteur de Môju (la Bête Aveugle) d'après Edogawa Ranpo, ce même Edogawa que Mishima a adapté au théâtre (Le Lézard Noir)

- Yukoku (1965) : voir plus haut.
- Kurotokage (1968) : voir plus haut.
- HItokiri (1969), réalisé par Gosha Hideo



Film sur Mishima :
- Mishima (1985), réalisé par Paul Schrader. Ogata Ken joue Mishima. La musique est signée Philip Glass.


Liens divers en français:
- une page avec des photographies intéressantes, une notice biographiques, analyse... : http://karila.free.fr/mishima.htm
- des critiques de son oeuvre, des photos... http://mishima.free.fr/tsh/mishima.htm

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