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FONTANE Théodor
(Neuruppin, Allemagne, 30/12/1819 - Berlin, 20/09/1898)

Né de parents d'origine française (huguenote), il est d'abord aide-pharmacien à Leipzig, puis à Berlin, Magdebourg, Dresde... avant de devenir journaliste. Il se marie, passe plusieurs années en Angleterre, où il dirige un journal anglo-allemand (1855-1859). De retour en Allemagne, il fait toujours du journalisme, mais a plus de temps à consacrer à la littérature (il avait commencé à écrire très jeune), notamment des ballades. Il est en France en 1870, est arrêté comme espion, et est libéré au bout de quelques mois suite à l'intervention de Bismarck.
Lui qui, journaliste, vivait de feuilletons et de récits de voyage, il se met, à cinquante-neuf ans (tout comme Saramago, il est un des rares exemples d'écrivains tardifs), à publier son premier roman : Avant la tempête. Suivront d'autres romans, dont Jenny Treibel et son chef-d'oeuvre, Effi Briest.
"De tous les romanciers de son temps il est certainement le plus vivant. Cette période de la littérature allemande a été féconde, mais les innombrables romans qui parurent entre 1870 et 1900 ne trouvent plus de lecteurs aujourd'hui. [...] On y trouve encore des épigones de Goethe, qui se bornent
à exagérer le romanesque de l'époque classique ; par ailleurs les « modernes », qui veulent peintre le monde contemporain, tombent le plus souvent dans la banalité et ils ont terriblement vieilli." (Pierre Grappin, préface à Madame Jenny Treibel, page 10).
Pierre Grappin parle du style de Fontane, de son effacement devant les personnages :
"Fontane lui-même se plaisait à reconnaître qu"il n'était pas ce qu'on appelle un génie. [...]. Si modeste qu'il fût et si volontiers prêt à reconnaître les limite de son talent,il sentait bien qu'il ne s'inspirait de personne - au moins directement - et que ses romans ne sont pas là pour illustrer une thèse, politique ou littéraire. Il écrit sans arrière-pensée ni programme, comme un homme arrivé au terme de sa carrière rédige ses mémoires. Il est frappant de constater combien peu le ton de ses récits autobiographiques diffère de celui de ses romans." (pages 9-10).
"Cette patiente maturation, ce long perfectionnement de ses moyens artistiques, cette immense méditation, cette accumulation de souvenirs et d'intentions lui donnent désormais l'assurance et la simplicité de l'originalité véritable ; il n'a plus besoin de directives ni de modèles, il n'a plus qu'à raconter. Raconter le présent, mais avec la sérénité du vieillard qui est déjà un peu en dehors de la vie." (page 12).
"Il assiste aux événements révolutionnaires de Berlin [1848], dont il donne une description circonstanciée, il a vu les barricades, les groupe d'insurgés et les charges de la troupe ; mais tout cela ne fut pour lui qu'un spectacle, une révolution au théâtre, où le malheur voulut qu'il y eût des morts en chair et en os, sur lesquels le bon coeur de Fontane sait s'apitoyer. Son récit est un reportage, une énumération de faits et d'opinions recueillies par l'auteur autour de lui. Il a déjà le point de vue impartial du journaliste
étranger qui assiste à une bataille de rues dans l'autre hémisphère." (page 13).
Concernant maintenant le type d'histoires qu'il écrit, voici ce qu'il en dit :
"Presque seul en Allemagne Fontane ignore le roman de formation, ou d'éducation, l'Erziehungs-roman. Jamais il ne montre la formation d'une personnalité par le jeu des événements auquel l'homme se trouve participer ; l'idée même de devenir semble lui avoir été étrangère. [...] Fontane n'a jamais eu le « sentiment tragique de la vie », et aucun de ses romans n'essaye de le donner au lecteur. Non pas que tout finisse toujours bien, par un mariage ou une reconnaissance ; en réalité les duels y sont souvent mortels et les adultères jamais pardonnés. Mais à la fin chacun a l'impression que tout était parfaitement inévitable, que ni l'auteur ni ses personnages n'y pouvaient changer quoi que ce fût." (page 16).
"Fontane le premier peint la classe bourgeoise, le milieu berlinois des affaires ; il met en scène une nouvelle condition et des hommes nouveaux." (page 23).
Un prix littéraire porte son nom depuis 1949.

Jenny Treibel, à Berlin (entre Spittelmarkt - où commence le roman - et l'île des Musées), le 13/07/2011.
Madame Jenny Treibel (Frau Jenny Treibel, 1892 ; 289 pages). Traduit de l'allemand et préfacé par Pierre Grappin en 1943. L'Imaginaire Gallimard.
Jenny Treibel est la femme d'un homme riche, mais elle vient d'un milieu modeste, ce qu'elle veut si possible oublier. Elle mène bon train, reçoit...
"" (page 52).
Madame Treibel a deux fils. Le premier est marié avec une femme qui est un "bon parti" (c'est-à-dire d'un milieu encore plus élevé). Il faudrait maintenant marier le deuxième, Leopold, qui tient de la chiffe molle.
N'oublions pas le professeur Willibald Schmidt. C'est un amour de jeunesse de Jenny Treibel. Il ne gagne pas beaucoup, mais est cultivé, intelligent, et très sympathique.
Le voici en pleine discussion avec un de ses amis professeurs à propos des fouilles de Schliemann à Mycènes, dont il montre le livre :
"" (page 116).
Deux pages plus loin, après des circonvolutions :
"" (page 118).
Sacré professeur ! Il est veuf, et a une fille intelligente, Corinne, qui est cultivée, volontaire, spirituelle et jolie.
Mettra-t-elle le grappin sur Leopold (le fils cadet "chiffe molle" de Jenny Treibel) qui, pour elle, représente un parti intéressant... enfin, si elle s'intéresse à l'argent. La culture, la simplicité, tout ça c'est bien joli, mais l'argent a des attraits, tout de même !
Leopold, la chiffe molle, le gentil garçon à sa maman, parviendra-t-il à se transcender pour échapper à l'emprise maternelle, ou bien sera-t-il contraint de se marier avec le parti qui lui aura été choisi ?
Ecoutons un peu les pensées de Leopold, il fait ici allusion à sa môman : "" (page 153).
Leopold saura-t-il trouver les ressources morales pour engager la lutte contre sa mère ?
A cette galerie de personnages, il faut ajouter Monsieur Treibel, le mari de madame (homme prosaïque se lance dans la politique),
le ridicule sous-lieutenant Vogelsang qui doit l'y aider, et puis encore un cacatois...
Le texte est parfois ouvertement burlesque. Par exemple, nous sommes près d'un lac, il y a une joyeuse compagnie :
"Au même instant on entendit le chanteur de tyroliennes pousser quelques ioulements, mais si authentiquement tyroliens que les collines du Pichelsberg ne se crurent pas obligées de renvoyer l'écho" (page 182).
Dans son introduction, Pierre Grappin avait écrit : "[...] beaucoup plus attentif aux paroles qu'aux gestes et plus sensible aux sons qu'aux couleurs, Fontane réussit, par les seules nuances du vocabulaire et de la langue, à créer des individus à la fois typiques et parfaitement vivants. [...] Amateur de proverbes, il donne à chacun de ses personnages préférés une devise. Il parvient ainsi, sans beaucoup sortir de Berlin, à faire vivre une abondance chatoyante de figures aussi diverses que possible." (page 19-20)
Et c'est très vrai.
Le rythme est rapide, on ne compte pas les conversations interrompues par un arrivant, ça se bouscule, les dialogues sont drôles, c'est vif... Et l'intrigue tient en deux lignes.
On a l'impression d'assister à une
pièce de théâtre, une comédie légère, spirituelle et très réussie.
Dans le Dictionnaire des Oeuvres (collection Bouquins), on peut lire : "La critique a prononcé à propos de Théodor Fontane les mots de « réalisme auditif », et cette appréciation convient particulièrement à l'oeuvre en question dans laquelle le dialogue reflète les charmes de la conversation et ses plaisirs sans fin, particularité qui semble le fond de l'art de Théodore Fontane, en dehors de sa prédilection pour les formes les plus diverses de l'humour."
Là encore, c'est très vrai : humour, dialogues vifs, ce livre est un vrai plaisir, la preuve que la littérature allemande peut être drôle. Mais peut-être est-ce le côté français de Fontane ?
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