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WATAYA Risa

(Kyôto 01/02/1984-)

Comme d'autres écrivains avant elle (Murakami Haruki...), Wataya Risa a fait ses études à l'Université Waseda de Tokyo, mais elle n'a pas attendu d'en sortir pour publier son premier roman (à dix-sept ans, obtenant le prix Bungei) et son deuxième roman, Appel du pied, a reçu le prix Akutagawa. Elle a alors dix-neuf ans et est en deuxième année d'université.

Appel du pied (Keritai senaka - "Le dos que j'ai envie de frapper" - 2003, 141 pages, Editions Philippe Picquier, traduction de Patrick Honnoré, qui rend bien le côté "grave jeune" du texte qui ne paraît pas du tout artificiel). Prix Akutagawa. Plus d'un million d'exemplaires vendus au Japon.
C'est l'histoire de Hatsu, une adolescente mal dans sa peau (comme toutes les adolescentes dans les livres, sinon il n'y aurait pas d'histoire) qui ne parvient pas à s'intégrer dans sa classe, tout ça, d'autant que c'est la première année de lycée. Elle fait partie des "rebuts", ceux qui restent en rade lorsque tous les groupes se sont formés, par exemple pour effectuer un TP de biologie.
Mais pourquoi est-elle toute seule dans son coin, la fille ? Eh bien, comme toutes les ados dans les bouquins, elle se cherche, ne tolère pas les conventions sociales qui amènent parfois à se forcer à rire bêtement pour s'intégrer à un groupe. Mais est-ce tout ?
"Oui, toi, Hatsu, tu parles toujours d'un seul souffle sans t'arrêter, alors les autres n'ont pas d'autre choix que d'écouter" (page 82). Ça veut sans doute dire que, comme elle n'est pas sûre d'elle, de sa personnalité, elle cherche à tout prix à se faire entendre, à s'imposer ce qui a pour effet de saoûler ses condisciples qui la rejettent. Du coup, "la honte me vient". Il faut dire qu'elle l'a souvent, la honte. D'ailleurs, "plutôt mourir" que de faire des compromissions pour s'intégrer à un groupe de bécasses (ou jugées telles). Elle a honte d'avoir honte, si l'on peut dire, c'est quelque chose qui revient souvent. Ca, et "mourir de jalousie". Donc, elle aimerait faire partie d'un groupe (toutes proportions gardées, c'est un peu le même genre de problèmes que rencontre Frankie Adams dans le livre de Carson McCullers). Même si elle rejette les autres, elle n'a pas la morgue et le sarcasme nihiliste de Daria (le dessin animé américain) ou de Enid et Rebecca, les ados de Ghost World, la BD de Daniel Clowes.
Ah oui, et comme toute ado, elle découvre ses sentiments, mais forcément elle a du mal à les accepter. Elle déteste aimer les gens, ça la met en danger. "Là, son ton chaleureux me va droit au coeur. J'évite son regard, j'ai envie de pleurer" (page 91).
Evidemment, un garçon, Ninagawa, se trouve au rebut de la classe, comme elle. Hatsu va en pincer pour lui, mais refuser ce sentiment. A deux reprises, elle lui donne un coup, ça lui fait rudement plaisir (là, on peut éventuellement se permettre de penser à Kaori qui, dans le manga CityHunter, brandit son marteau). Plus elle frappe, plus elle aime. C'est beau, c'est pudique, tout ça, mais dans son cas, il semble se dissimuler un soupçon naissant de perversion (on est dans un roman japonais, ne l'oublions pas...). Le garçon en question est un "otaku grave" (page 80 ; en langage "M6", ça veut dire "fan de...") d'une top modèle et chanteuse (oui, oui, il n'y a pas qu'en France !). Alors, Hatsu a des sentiments qui, comme ceux de beaucoup d'ados, sont parfois pris pour ce qu'ils ne sont pas, ou du moins qu'elle croit qu'ils ne sont pas, enfin c'est très compliqué une ado (page 105 : "Tu me regardes comme si tu me méprisais, on dirait"... Meuuuh non, Ninagawa !).
Le sentiment de solitude de Hatsu est accentué par le fait qu'on ne voit jamais ses parents, tout le roman est un gros plan sur Hatsu, rejetant hors-champ le reste du monde.
Présenté ainsi, le roman fait un peu peur, d'autant plus que le frais minois de l'écrivaine orne la quatrième de couverture (le rabat, en fait), et que le texte de présentation insiste sur son jeune âge. Mais il faut reconnaître que son roman, sans être un chef-d'oeuvre, est franchement très sympa. On y entre d'autant plus facilement qu'il se base sur des archétypes qui parlent immédiatement au lecteur, et même ramènent des souvenirs en mémoire : c'est sa facilité et, je dirais, sa faiblesse.
Avec le recul, on se rend compte que le prix Akutagawa va à deux types de courts romans : ceux qui exigent quelque peu du lecteur (par exemple, Yôko, de Furui Yoshikichi), et ceux qui se lisent comme ça, d'un trait (Je veux devenir Moine Zen, de Miura Kiyohiro). Appel du Pied appartient à cette seconde catégorie. Donc : Très sympa, sans être révolutionnaire.
Ce n'est en tout cas certainement pas un coup commercial et clichetonneux comme naguère le Shanghai Baby, de Weihui. Watasa Risa est une écrivaine douée, au début de sa carrière. Attendons de voir la suite.

Note : il semble que le dessin de la couverture française soit le même que celle de l'édition japonaise, que l'on peut voir sur http://courses.washington.edu/jpnlit/J433/04spring/


Install (Install, 2001, 95 pages, Editions Philippe Picquier, traduction de Patrick Honnoré).
Avant Appel du pied, Wataya avait écrit un texte plus court, à dix-sept ans, pendant ses vacances d'été. Elle y parle de ce qu'elle connaît : l'école, la compétition, ce qu'il faut faire pour être "acceptée"... et la chambre qui ressemble à une décharge (ça me rappelle quelque chose à moi aussi, tiens, mais cela est du passé, bien sûr ^_^; ).
Les parents de la narratrice sont divorcés, la mère est accaparée par le travail, elle ne communique pas vraiment avec sa fille. "Elle déteste perdre son précieux temps en futiles bavardages et autres potins" (page 27).
La narratrice ne manque aucun cours, n'arrive jamais en retard, suit en plus des cours de bachot. Mais un jour, elle craque. "J'ai quitté le lycée avant la fin des cours, comme une vraie victime du syndrome de phobie scolaire, je suis rentrée direct à la maison et je me suis endormie comme une masse. Je me suis réveillée à cause d'un cauchemar en fin d'après-midi." (page 10). Elle décide de bazarder tout ce qui se trouve dans sa chambre : les livres scolaires, le bureau, l'ordinateur qu'elle n'a jamais réussi à faire fonctionner. Pendant la nuit, elle trimballe tout dans le local à ordures.
"C'est comme si ma chambre avait été transférée telle quelle dans un coin du local à ordures. On dirait un décor improvisé pour une série télé. Les meubles que j'ai entassés là depuis la veille forment une barricade en C. Je pénètre à l'intérieur de ce fortin d'objets familiers et pose l'ordinateur sur la chaise. Soudain déboussolée, je m'assois à même l'asphalte. Le sol est froid. Je sais que la jupe de mon uniforme, que je porte afin de faire croire à ma mère que je vais normalement en cours du week-end à la boîte à bachot, va se tacher de l'essence qui a dégouliné d'une voiture.
Et alors, quelle importance ?
Le vrai problème, ce serait plutôt : et maintenant, qu'est-ce que je fais ? [...]
En époussetant ma cheville prise dans l'élastique de la chaussette, je vois ma main et ma jambe devenues rouges de terre, d'un rouge sale, pas du tout sexy, comme une poupée de caoutchouc. Où est passée l'énergie que j'ai déployée à nettoyer ma chambre ? Me voilà transformée en immonde détritus ! Nooon ! Je veux mouriiiiir !!! Je veux dire, ça ma plaît trop. Je me trouve belle ainsi salie. D'excitation, je me roule par terre. C'est une pose. J'ai assez tendance à jouer l'anormale. Avec un plaisir vicieux, je contrefais la débile. C'est la fine fleur de ma personnalité que j'exprime ainsi en me roulant par terre" (pages 15-16).
On trouve donc déjà quelques éléments d'Appel du Pied, la fille pas très bien dans sa peau, un tantinet perverse... Elle se cherche. "Quand je m'imagine vivant une petite vie étriquée, je me sens oppressée. Prise entre la sécurité de n'avoir encore que dix-sept ans, et l'angoisse d'avoir dix-sept ans". (pages 17-18).
En attendant de savoir ce qu'elle veut faire de sa vie, elle vit dans le court terme. "Tous les matins, comme avant, je mets mon uniforme et sors l'air morose." Elle part donc en faisant croire à sa mère qu'elle va à l'école. Elle laisse la porte de sa chambre fermée à clef, de sorte que sa mère n'y entre pas. Combien de temps son stratagème va-t-il tenir ?
L'ordinateur qu'elle a mis au rebut va être récupéré par un écolier du primaire, un gosse de dix ans, bien débrouillard pour son âge qui va proposer un petit boulot à notre héroïne... Ah, vive l'internet, le chat et toutes les possibilités qu'offrent les moyens de communication moderne !

Install devrait plutôt s'appeller Reinstall, c'est la réinstallation du système d'un ordinateur, ou comment recommencer à partir de zéro.
C'est un livre court, pas toujours très réaliste (surtout la partie informatique...), mais bien sympathique, sans ambitions démesurées. Et largement plus réussi que, mettons, le dernier Nothomb (Journal d'Hirondelle, mais je crains que cela soit valable encore l'année prochaine... A noter, à propos de Journal d'Hirondelle, que le lecteur n'est pas trompé sur la marchandise : la photo de couverture montre une Amélie à la mine effarée qui semble se demander comment elle a pu écrire un truc ectoplasmique aussi vide, et comment il se fait que personne ne le lui dise. Amélie, s'il te plaît : bosse plus sur tes textes, ce n'est pas parce que tu vends beaucoup que ce que tu écris est bon !! Maintenant que tu es à l'abri financièrement parlant, aies un peu d'ambition !).
Wataya a du talent, mais saura-t-elle trouver des sujets plus adultes par la suite ? Ou bien réécrira-t-elle encore et encore le même livre, un peu comme Yoshimoto Banana ? Suivra-t-elle une pente déclinante comme Amélie N. ? Que de suspens et d'émotion...


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