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NOSAKA Akiyuki

(Kamakura, 1930 - )

nosaka akiyuki


Nosaka Akiyuki est orphelin de mère quasiment dès sa naissance. Son père le confie alors à une famille d'adoption, ce que Nosaka Akiyuki ne découvrira qu'après la mort (sous les bombardements américains) de ses parents adoptifs en été 1945. A 14 ans, toutes ses certitudes effondrées, il doit survivre dans les décombres du Japon ; puis sa petite soeur meurt de malnutrition. Il fait du marché noir, vole..

C'est la maison de correction, et le miracle, car comme dans une mauvaise histoire son père biologique refait son apparition, dans le rôle d'un vice-gouverneur de province !
Il peut dès lors faire des études, vivre une vie que l'on pourrait qualifier de "normale" par rapport à nos standards. Mais il abandonne rapidement ses études pour exercer toutes sortes de petits métiers (laveur de chiens...), allant même jusqu'à vendre son sang. Il finit par devenir parolier, scénariste, journaliste, romancier, novelliste, essayiste, mannequin de mode, manager d'un club de rugby... et même sénateur pour quelques mois avant de démissionner.
La célébrité est venue en 1963, avec la parution des Pornographes, qualifié par Mishima de "roman scélérat, enjoué comme un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir".
Grotesque, tragique, comique, burlesque, mélancolie, horreur, mort, sexe, désespoir, excès, fantasmes : on trouve tout cela dans son oeuvre, volontiers provocatrice.
Patrick De Voos, traducteur de la Tombe des Lucioles, écrit dans son introduction : "un style inimitable - le traducteur a presque envie de dire intraduisible - que l'on reconnaît d'abord à son brassage de toutes sortes de voix, de langues, la plus vulgaire comme la plus classique, où se déverse par coulées enchaînées les unes aux autres le flot ininterrompu des images". Ses histoires ne sont pas linéaires, elles avancent par à-coups, reviennent brusquement en arrière, obliquent sans prévenir, brouillant la structure narrative.

Le tombeau des lucioles

La Tombe des lucioles (140 pages, Picquier poche, deux récits traduits par Patrick De Vos - pour La Tombe - et Anne Gossot - Pour Les Algues d'Amérique). Prix Naoki 1968.
La Tombe des lucioles (Hotaru no haka) est un récit en grande partie autobiographique.
Deux gosses (un grand frère et sa petite soeur) tentent de survivre pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans les bombardements américains, sans leur mère décédée. L'auteur se garde bien de donner un quelconque espoir au lecteur : le texte commence par la mort du grand frère, une sorte de double de l'auteur (mort expiatrice ? la question "pourquoi elle et pas moi ?"). "...Mais déjà la faim n'était plus, la soif n'était plus, la tête pendait lourdement sur la poitrine, "Pouah, c'est dégueulasse", "Pt'êt ben qu'il est mort", "Quelle honte, laisser traîner ça dans la gare alors que les Américains peuvent arriver d'une minute à l'autre", ses oreilles qui seules tenaient encore à la vie pouvaient distinguer toute une variété de bruits, la nuit, quand tout retournait subitement au silence [...]" (pages 24-25). Quelques passages - mais peu - poétiques, et des pages très dures, notamment celles qui décrivent comment la soeur se transforme en squelette vivant.
Le Tombeau des Lucioles, l'excellent animé de Takahata Isao (1988) est plus poétique ; il est très triste mais nettement moins dur que le récit.

Dans Les Algues d'Amérique (Amerika hijiki), récit ancré dans son époque, Toshio, le narrateur (si l'on peut dire, car le texte oscille entre la première et la troisième personne), dirige une entreprise de production de films publicitaires télévisés. Au cours de vacances à Hawaï, sa femme a fait la connaissance d'un couple d'Américains, qui s'invitent chez eux... Alors que, préparant leur arrivée, la femme sombre dans une américanophilie exacerbée, Toshio revit par flash-back ses souvenirs de fin de guerre et d'occupation américaine, ce qui donne lieu à des anecdotes amusantes sur les spécificités américaines vues par les Japonais. Puis le couple d'Américains arrive, et cela ne se passe pas du tout comme prévu...
Très bonne nouvelle, sarcastique.

La vigne

La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés (125 pages, Editions Philippe Picquier, deux récits traduits par Corinne Atlan).
La Vigne (Honegami Toge Hotoke-Kazura, 1967) est une histoire incroyable, excessive, qui zigzague sans qu'on puisse deviner où elle va mener. L'histoire est un long flash-back qui commence sur la description d'une mine de charbon, des baraquements et de la faune qui y travaille. Une vigne fascinante avec de jolies fleurs pousse sur les tombes...
Takao, la fille du propriétaire de la mine, est fascinée par ces fleurs, elle aimerait en avoir dans son jardin. Son frère, Setsuo, bravant pour elle l'interdit paternel, lui en apporte, mais la vigne dépérit. Pourquoi ?
"Setsuo inspecta soigneusement le cimetière, et quand il fut convaincu que la plante subsistait effectivement en dévorant le sang et la chair des morts, il se dit que s'il racontait cela à Takao, elle renoncerait enfin à son projet." (page 34).
Le lecteur, lui, n'en est pas certain.
"Il se réveilla au beau milieu de la nuit, s'aperçut qu'elle n'était pas dans son lit, et descendit dans le jardin, comme à l'appel d'un fantôme, en proie à un étrange pressentiment. A la lumière de la lune, qui éclairait le jardin comme en plein jour, le feuillage rouge des érables semblait une mare de sang. Poursuivi par le bourdonnement assourdissant des insectes d'automne, Setsuo s'avança d'un pas chancelant vers le buisson d'acanthes : Takao, accroupie, creusait un trou dans la terre d'une main mal assurée" (page 37). Suivent des scènes assez ahurissantes, qui elles-mêmes sont quasiment peu de choses en comparaison de la suite. L'auteur va assez loin dans certaines scènes, on peut dire...
Vraiment très bien, donc, pour peu qu'on ne se formalise pas de certaines scènes qui peuvent sembler dépasser la mesure !

Le récit suivant, La Petite Marchande d'Allumettes (Macchi-Uri no shojo, 1969) est de moindre envergure
C'est l'histoire d'une pauvre fille un peu simple qui est amenée à se prostituer, avec la bénédiction de sa mère, de préférence avec des hommes mûrs, car ils lui rappellent son père, qu'elle n'a pas connu. L'auteur n'y va pas de main morte dans le sordide, l'histoire est un petit peu démonstrative, mais néanmoins pas mal du tout.

 

Le dessin au sable

Le Dessin au sable et l'apparition vengeresse qui mit fin au sortilège (Sunae shibari gonichi no kaidan, 107 pages, Editions Philippe Picquier, récit traduit par Jacques Lalloz).
Cette fois-ci, l'histoire se déroule à l'Epoque d'Edo. Le style est beaucoup plus sage. Une geisha part, avec sa fille, à la recherche du père de cette dernière. Le père était parti sans savoir qu'il allait avoir une fille. Mais comment le retrouver ?
C'est une histoire fantastique dont on a peine à deviner le cheminement, parfois on se demande vraiment comme l'auteur va faire pour continuer... mais il y parvient. La vengeance, néanmoins, est un peu facile, car il est très aisé pour un être surnaturel disposant de pouvoirs quasiment infinis d'exercer les représailles de son choix.
Quelques scènes étonnantes même pour lecteurs blasés (attention, certains passages sont assez "explicites", notamment lors de la mise en application d'une méthode destinée à rendre aux hommes leur virilité perdue...).


Le Moine-Cigale
(Iro hôshi, extrait du recueil Anthologie de nouvelles japonaises, tome III ; traduction de Atsuko Ceugnier et Anne Gossot). Pendant le Seconde Guerre Mondiale, un nain se voit proposer de travailler dans un bordel. Il y a pénurie de bras masculins pour "
lessiver les planchers, porter les futons, voire pour servir les repas, car même si par les temps qui couraient y avait pas grand-chose à mettre dans les plats, ça faisait minable que les servantes les apportent elles-mêmes, un homme ferait tout de même meilleure figure..." (page 158). Il pénètre donc dans un milieu féminin, les accompagne aux bains, observe, fait des croquis...
Un peu plus de vingt pages pour une nouvelle vraiment excellente.

 

Autres livres traduits en français :
- Les Pornographes
- Les Embaumeurs
- Contes de Guerre

Films d'après son oeuvre :
- Sukurappu shûdan (1968), réalisé par Tasaka Tomotaka
- Les Embaumeurs (Tomuraishitachi, 1968), réalisé par Misumi Kenji (connu surtout pour Zatôichi monogatari, 1962).
- Les Pornographes (Jinruigaku nyumon: Erogotshi yori, 1966), réalisé par Imamura Shohei, le grand réalisateur de la Ballade de Narayama (d'après Fukazawa Shichirô), l'Anguille (d'après Yoshimura Akira)...
- Kigeki: maketeta maruka! (1970), réalisé par Tsuboshima Takashi).
- Kigeki kudabare! Otoko-dama (1970), réalisé par Ishida Katsumune.
- Asobi (1971), réalisé par Masumura Yasuzo, l'auteur de l'excellent Ange Rouge et de la très réussie Bête Aveugle, d'après Edogawa Ranpo.
- Le Tombeau des lucioles (Hotaru no haka, 1988), manga animé réalisé par Yakahata Isao. Très célèbre, et à juste titre.

tombeau des lucioles
  lucioles  tombeau


- Hotaru no haka (2005). Mini-série de Satô Tôya. Il s'agit d'une nouvelle adaptation du Tombeau des Lucioles.
- Hotaru no haka (2008), film de Hyugaji Taro. Encore une adaptation du Tombeau des Lucioles !
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