Livre.gif (217 octets) Littérature Japonaise Livre.gif (217 octets)



-
dictées

- listes
- liens recommandés


Papillon.gif (252 octets)

-> retour Japon <-

retour
page d'accueil

 


ISAKA Kôtarô

(Matsudo, Préfecture de Chiba, 25/05/1971 - )

isaka kotaro


Isaka Kôtarô est un écrivain classé "polar", visiblement influencé par Murakami Haruki (si l'on peut généraliser à la lecture du seul livre La Prière d'Audubon). Il a aussi écrit des scénarios pour des mangas (Le Prince des Ténèbres, traduit en français).
Après un diplôme de droit, Isaka Kôtarô travaille comme informaticien. Il écrit des nouvelles et, en 2000, remporte le Prix "Shinchou Mystery Club" avec La Prière d'Audubon. Il devient alors écrivain professionnel.
Plusieurs de ses romans suivants sont nominés au Prix Naoki, notamment Juryoku Piero (2003, adapté au cinéma).
En 2008, Remote Control remporte le prix Yamamoto Shûgorô.

 

 

la priere d'audubon

La Prière d'Audubon (Audubon no inori (A Prayer), 2000). Roman traduit du japonais par Corinne Atlan en 2011. Editions Philippe Picquier. 441 pages. Ouvrage traduit avec le concours du Centre national du Livre.
Voici le début du roman :
"Un briquet enserré entre les deux globes de sa poitrine, une Playmate courait devant moi. Lancé à sa poursuite, je finissais par me retrouver dans un pays inconnu : voilà ce que j'étais en train rêver quand je me suis réveillé.
Ce n'était pas un cauchemar. Et surtout, Shiroyama n'apparaissait à aucun moment, ce qui rendait déjà le rêve plutôt agréable.
[...]
Je ne suis pas chez moi. Chez moi, il n'y a pas de fenêtre orientée à l'est, et donc pas de soleil pénétrant à flots le matin. Sans compter qu'il n'y a pas de lit non plus. [...]
L'esprit un peu brumeux, j'essaie d'analyser la situation.
Je ne sais pas pourquoi, mais la première chose qui me vient à l'esprit, c'est le moment où j'ai donné ma démission. Oui, le moment où j'ai présenté ma lettre de démission à la société de logiciels informatiques où je travaillais depuis cinq ans.
" (page 5).

Le narrateur est un peu comme nous : perdu.
Mais voilà qu'on frappe à la porte. Notre héros ouvre.
"« Salut ! » a fait l'inconnu, en levant la main comme si on était de vieux copains. [...]
Un chien : voilà la première pensée qui m'est venue. Il ressemblait vraiment à un chien, avec son visage boudeur et ses cheveux en pétard. [...]
- C'est le père Todoroki qui m'envoie. Il m'a demandé de te faire visiter l'île. [...]
- Et, euh... C'est qui, ce Todoroki ? »
« Ben, tu ne te rappelles pas ? » [...]
« L'île, dont vous parlez, elle se trouve où au juste ? »
" (page 8).

Cette île, dont personne n'a entendu parler, c'est Ogishima. Et notre héros y a été amené par le père Todoroki.

"Tu es venu de l'extérieur, Itô. Et ça fait cent cinquante ans qu'on a coupé les ponts. Ton arrivée va faire du bruit, crois-moi." (page 14).
L'île est totalement isolée du reste du monde... Totalement ?
"Cet ours de Todoroki, c'est le seul qui nous apporte des choses du monde extérieur : des chaises, des bus, et même des mots. Il a fini par nous ramener un être humain, aussi." (page 15).

Il ne faut pas chercher la description détaillée et réaliste d'une société qui, vivant en quasi-autarcie depuis la fin de l'époque d'Edo, aurait développé un système de gouvernance alernatif. Bien sûr, il y a une organisation en place, mais elle est très simple, et ce n'est vraiment pas cela qui intéresse l'auteur.

Notre héros commence à visiter l'île. Il rencontre notamment Yûgo.
"Yûgo était un épouvantail, et il parlait." (page 24).
"Yûgo savait que tu allais venir sur cette île », a dit Hibino. [...]
« Il a dit qu'il y a des épouvantails chez vous aussi, mais qu'ils ne parlent pas. »
Cette phrase m'a pris au dépourvu, et j'ai cligné les paupières.
" (page 25).

On apprendra l'origine de l'épouvantail, et pas mal de choses sur cette île bien curieuse.
"La « réalité », pour moi, c'était la sensation concrète que j'avais de me trouver en ce moment sur cette île, et je commençais à me faire à l'idée que je devais tout simplement suivre cette sensation. Folie et acceptation. Devenir fou et accepter la situation, cela se ressemblait." (page 49).

Dans ce roman, il y a aussi un méchant très, très méchant, le Shiroyama dont ne rêvait pas notre héros au début du roman. C'est un flic plus que méchant : un sadique.

Et puis, il y a aussi Jean-Jacques Audubon, celui du titre du roman. Il n'intervient bien sûr pas personnellement, parce qu'il est décédé depuis pas mal de temps.
"- Jean-Jacques Audubon, également connu sous le nom de John James Audubon. Un Américain d'origine française, qui a publié un livre de dessins d'oiseaux grandeur nature intitulé Les Oiseaux d'Amérique, il y a plus de cent ans." (page 119).
A noter (source wikipedia : "Le 7 décembre 2010, un exemplaire de Birds of America s'est vendu 8,6 millions d'euros chez Sotheby's, à Londres. Un autre exemplaire avait déjà été adjugé pour 7 millions d'euros en 2000.")

On (enfin, moi, au moins) apprend aussi des choses sur le pigeon migrateur (également nommé Tourte voyageur, ou Colombe voyageuse ; à ne pas confondre avec le pigeon voyageur), espèce disparue depuis le 1er septembre 1914, à 1 heure de l'après-midi, en Ohio.
"John James Audubon - né Jean-Jacque Audubon - avait vu pour la première fois une colonie de pigeons migrateurs traverser l'Etat du Kentucky en 1813. Le ciel était obscurci comme par une éclipse. Les battements d'ailes résonnaient sans discontinuer et à force de les écouter, il avait senti le sommeil le gagner, avait noté Audubon. Il avait été profondément ému par la vue de cette gigantesque nuée, couvrant le ciel comme un tapis, faisant pleuvoir une invraisemblable quantité de fientes. Durant trois jours consécutifs, les pigeons avaient défilé au-dessus de sa tête." (page 169).
Ces oiseaux volaient par groupes de plusieurs milliards.
"Leur chair était bonne à manger. [...]
"Trois jours durant, des chasseurs s'étaient succédé sous le ciel traversé par un vol incessant de pigeons. La voûte au-dessus de leurs têtes était entièrement couverte de pigeons. Rien de plus facile que de les abattre : il suffisait de tirer en l'air.
" (pages 169-170).

On pourra lire sur wikipedia des détails sur le comportement de cet oiseau, par exemple :
"Les deux parents participaient à la couvaison d'un unique œuf, et les adultes prenaient soin de leur poussin jusqu'à ce qu'il ait deux semaines. Alors, brusquement, les parents s'en vont, abandonnant dans son nid le juvénile bien dodu. Après avoir appelé en vain un certain temps, le jeune se laissait tomber au sol et prenait finalement son envol trois jours plus tard."

... ainsi que sur son extinction, qui paraissait impensable au XIX° siècle :
"On organisa des compétitions de chasse dont l'une d'elles offrait une récompense aux chasseurs qui abattaient plus de 30 000 oiseaux."

Mais revenons au roman.
Prenez différents personnages tous fortement typés (et donc à la profondeur psychologique limitée, quasiment de la BD du type Tintin) : le peintre qui dit toujours le contraire de la vérité, le facteur, la marchande obèse (et c'est un euphémisme), etc. ; ajoutez-y un épouvantail parlant qui prévoit l'avenir, un chat qui grimpe dans un arbre quand il va pleuvoir, et tout un tas de choses qui, comme pour le narrateur, prennent le lecteur au dépourvu, un jeune homme qui rend la justice à coups de fusil... et plein d'autres étrangetés dont on ne parlera pas ici, parce que ce serait vraiment gâcher le plaisir.
Donc, avec tout cela, vous obtenez une drôle d'histoire, intrigante, plus ludique que réelle, qui se déroule dans un monde plus simple que le nôtre, une histoire dont il suffirait de mettre les pièces du puzzle dans le bon ordre pour tout comprendre (d'accord, c'est parfois tiré par les cheveux).

Ce n'est évidemment pas de la grande littérature, mais c'est un roman de divertissement vraiment intéressant, très agréable à lire, dont les pages se tournent presque toutes seules : comment tout ceci va-t-il finir ? comment tous ces éléments qui paraissent vraiment très bizarres vont-il finir par s'emboîter ?

 

Voici quelques dessins d'Audubon (1785-1851), parmi lesquels, tout à gauche, les fameux pigeons migrateurs maintenant disparus et, tout à droite, le flamant rose dont un détail illustre la couverture :

audubon - pigeons migrateurs    audubon   audubon      audubon - flamant rose

 

Adaptations au cinéma :
-Yôki na gyangu ga chikyû o mawasu (2006), réalisé par Maeda Tetsu.
- Children (2006), réalisé par Minamoto Takashi.
- Ahiru to kamo no koinrokkâ (2007), réalisé par Nakamura Yoshihiro.
- Suwîto rein: Shinigami no seido (2008), réalisé par Kakei Masaya. Avec Kaneshiro Takeshi.
- Fisshu sutôrî (2009), réalisé par Nakamura Yoshihiro.
- Rasshu raifu (2009), réalisé par Mariko Tetsuya,
Nishio Mai, Nohara Tadashi et TôyamaTomoko.
- Jûryoku piero (2009), réalisé par Mori Junichi. Plusieurs récompenses pour son interprétation.
- Gôruden suranbâ (2010), réalisé par Nakamura Yoshihiro.
- Film à venir réalisé par Nakamura Yoshihiro, d'après une nouvelle d'Isaka Kôtarô.





- Retour à la page Littérature japonaise

 

Toute question, remarque, suggestion est la bienvenue.MAILBOX.GIF (1062 octets)