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YOSHIDA Shuichi
(Nagasaki, 14/09/1968-)

 

yoshida shuichi

Après des études de gestion à l'Université Hosei de Tôkyô, Yoshida Shuichi écrit plusieurs romans.
En 2002, il a obtenu le Prix Akutagawa pour Park Life, après l'avoir laissé échapper quatre fois.

Plus d'informations sur l'auteur : http://www.jlpp.jp/en/authors/detail.html?w_id=227 (page en anglais... qui curieusement ne mentionne pas ses oeuvres antérieures à 2002.)

park-life

- Park Life (Pâku raifu, roman traduit par Gérard Siary - et Mieko Nakajima-Siary... est-il écrit en page 3, mais pas en couverture, pourquoi donc ? Allez comprendre... - ; 96 pages, 2002 ; traduit en 2007).

A la suite d'une méprise dans un train à l'arrêt, le narrateur (un jeune homme "chargé de marketing dans un société qui fait surtout du bain moussant et du parfum", page 10) adresse bruyamment la parole à inconnue, qui lui sauve la mise en lui répondant comme si elle le connaissait, lui épargnant par là même une honte publique.

Ensuite, il sort des souterrains pour déboucher sur le parc de Hibiya, qui est le lieu principal du roman.
"En empruntant cet escalier un peu sombre, on débouche derrière l'îlot de police du parc. Si, pour y pénétrer, on enjambe la barrière basse à côté des toilettes publiques, on respire un autre air que dans l'enceinte du métro, l'exhalaison de terre et d'herbe vous chatouille les narines. Une fois entré, j'ai marché le plus possible tête baissée. Tout en m'efforçant de ne pas regarder au loin, j'ai avancé dans le sentier qui entoure la mare de Shinji, passé les allées de ginkgos et le petit kiosque à musique, et pénétré dans le square au grand jet d'eau. [...] J'ai d'abord desserré ma cravate, siroté une gorgée du café en canette que j'avais acheté dans une boutique du métro. Juste avant de relever la tête, il vaut mieux fermer les yeux, même quelques secondes. Après avoir respiré lentement et profondément, j'ai levé la tête d'un seul trait et écarquillé les yeux. Quand j'écarquille soudain les yeux, le grand jet d'eau, les arbres d'un vert foncé et l'Hôtel Impérial, qui présentent respectivement un paysage proche, à mi-distance et éloigné, font brusquement irruption dans mon champ visuel en chamboulant la perspective. C'est dur pour mes yeux habitués aux étroites voies souterraines. La tête me tourne. Je savoure un léger état de transe." (pages 7-8).

Il aime casser la croûte et boire un café dans le parc. Cela lui donne l'occasion de prendre l'air (c'est la "bouffée d'air pur dans la vie affairée et raisonnable des citoyens du XXIè siècle que nous sommes" dont parle la quatrième de couverture), de penser à deux-trois trucs anedotiques, de voir des gens plus ou moins excentriques... et de retrouver par hasard l'inconnue du train ! Elle n'est pas belle, la vie ?

Voici un exemple d'anecdote : "Outre la musculation [...], je nage en piscine depuis six mois. Au début, je nageais en douceur, juste pour me délasser après le training. Mais en descendant dans la piscine en sous-sol, je croise sans cesse le même type et, depuis peu, loin de me détendre, nous attisons notre rivalité : il nage cent mètres, j'en fais cent ; il amorce un papillon, je me lance dans un dos crawlé qui fait mon orgueil, et je m'épuise encore plus qu'à la musculation. [...] Si je suis las de nager et que je halète, il exhibe un sourire méprisant qui semble dire : « Fi donc ! »" (page 47 - au passage, c'est incroyable la fréquentation des piscines dans la littérature japonaise, comparée aux autres... est-ce un phénomène culturel ?).

Pour quelques jours, notre narrateur occupe l'appartement d'un couple d'amis - chacun parti de son côté - qui y ont laissé un singe, Lagerfeld. Cela meuble et donne quelques pages amusantes : le bain du singe qui n'apprécie pas tellement, la promenade...


En conclusion : un tout petit roman très lisible, sympathique (car court), mais vraiment anecdotique. A le lire, on n'imaginerait pas un instant (car sa lecture ne prend pas tellement plus de temps) qu'il ait pu remporter le prix Akutagawa...
Il s'agit sans doute d'un sentiment général... sinon quelqu'un aurait sans doute lu avec attention le roman et remarqué deux phrases bancales dans lesquelles il semble manquer quelque chose... Allez comprendre...

page 58 : "Comme l'un des deux cordons s'est rétracté et que je n'arrive pas à le saisir entre mes doigts, je ne peux pas à refaire le noeud."

page 69 : "Pendant l'eau chaude coulait dans la baignoire exiguë [...]"

parade

- Parade. (2002, Parade, traduit en 2010 par Gérard Siary - Mieko Nakajima-Siary, 261 pages, Editions Philippe Picquier). Prix Yamamoto Shûgorô.
Cinq personnes partagent un appartement à Tôkyô : trois hommes, deux femmes, de milieux et d'âges un peu différents (de dix-huit à vingt-huit ans).
Dans chaque chapitre un des occupants raconte l'histoire de son point de vue, sans reprendre depuis le début (on n'est pas dans Rashômon), d'où le titre de Parade, bien sûr (ça aurait presque pu s'appeler La Ronde, mais bon, le titre était déjà pris).

Il y a Sugimoto Ryôsuke "21 ans, 3° année d'économie, université H ; actuellement employé à temps partiel dans un restaurant mexicain à Shimokitazawa", et encore "Okôchi Kotomi 23 ans, sans profession ; actuellement, amante passionnée de Maruyama Tomohiko, jeune acteur en vogue", mais aussi une dessinatrice, un employé dans une société de distribution de films indépendant, et pour finir un jeune qui "vend une jeunesse futile par petits bouts".
Tout ce petit monde cohabite, et pour bien cohabiter, cache une partie de sa personnalité, en lisse les aspérités.

C'est un des thèmes affichés du roman : on ne connaît jamais vraiment les autres. Ce n'est pas nouveau, et c'est d'autant moins pertinent ici que chacun sait que les autres ne parlent pas de ce qui leur tient vraiment à coeur, de leurs doutes, restent sur des généralités, parce qu'il n'y a que comme ça que ça fonctionne bien, sans frictions. Chacun sait qu'il peut partir à n'importe quel moment, et que de toute façon son séjour dans l'appartement n'est que temporaire.

Au début, c'est l'étudiant en économie qui a la parole. Il est sur le balcon, regarde le traffic dans la rue en bas, et s'émerveille de ce qu'il n'y ait pas plus d'accidents d'automobiles :
"Quand le feu passe au rouge, la voiture qui arrive stoppe bien comme il faut sur la ligne d'arrêt. La voiture suivante, aussi." (page 7).
On comprend qu'il a du temps à perdre, il s'embête un peu. Il va alors taper la discute avec Koto, la sans-profession amoureuse d'un jeune acteur en vogue et qui attend un coup de fil de lui toute la sainte journée (et les autres journées aussi, d'ailleurs). Koto regarde une série avec des infirmières.
"Depuis peu, cette télé déconne. Elle a l'air de dire « C'est peut-être le moment d'en acheter une autre, non ? »
- Ah, encore du zapping ! a dit Koto qui scrute aussi l'avenir du petit écran.
- Tu sais, ce n'est pas ça qu'on appelle zapping. Zapper, ça veut dire changer tout le temps de chaîne avec la télécommande. L'autre jour, j'ai employé le mot à la fac, personne n'a rien compris
." (pages 9-10).
Wouah.
Soit la jeunesse actuelle est vraiment extrêment inculte, limite débile, soit le mot japonais est plus rare que le mot français utilisé, mais on n'en aura pas plus, les traducteurs n'ayant pas jugé bon d'éclairer le lecteur à ce sujet. Koto n'est vraiment pas fufute, on le découvrira dans le deuxième chapitre, raconté par elle, mais est-ce un moyen de dire que la fac de notre étudiant en économie est une fac poubelle ?

A un autre moment non plus, il n'a pas été jugé bon d'éclairer le lecteur : "Umezaki n'a besoin que d'une bière pour devenir Gushiken. Avec une bière plus un cockatil Oolong, il devient Guts Ishimatsu. Du vin en sus, et il l'emporte à l'aise sur Carlos Rivera et ne fait aussitôt plus qu'un avec Tako Hachirô" (page 36).
Ce n'est pas tout à fait limpide pour le lecteur qui n'est pas branché en haut-débit sur la culture nippone. Bon, un peu plus loin, on a enfin des notes qui expliquent qu'un tel est humoriste, ou telle autre actrice en vogue. Mais parfois ça manque. Quand on lit que "tous les garçons du monde aiment les Mémoires historiques de Sima qian et les vidéofilms de Tôei" (page 138), ça fait sourire.

A part ça, me demanderez-vous ? Eh bien, voyons... Ah, il y a le lave-linge.
"Son lave-linge à deux tambours, à l'essorage il vibre tellement qu'il finit au bout du balcon. C'est sûrement à cause du niveau du sol qui penche un peu vers le trou d'évacuation des eaux. A la fin de l'essorage, la prise de terre et le fil électrique sont tendus comme une laisse, il a l'air d'un chien qui cherche à se détacher de son collier." (page 31).
Bref, le livre, c'est le quotidien de ce petit monde. Les courses, le va-et-vient dans l'appartement (il y a presque toujours quelqu'un).
Pour donner une petite trame dramatique, ce petit monde se pose des questions sur le voisin, bien louche. Des jeunes filles vont parfois chez ce voisin, certaines en sortent en larmes... Se prostitueraient-elles ?
Là, on pense un peu à Meurtre Mystérieux à Manhattan (un peu seulement).

Parfois, ça joue à des jeux vidéos. On devine que les jeux vidéos, ce n'est pas le truc des traducteurs (ce n'est pas le mien non plus), car il est fait mention de "Bio-Hasard 2" (page 120), titre qui ne veut absolument rien dire. Alors, quand on a un doute, on prend google, par exemple, on tape "Bio-Hasard 2", et google nous répond tout de suite "Essayez avec cette orthographe Biohazard 2".
Ben oui, ça sert aussi à ça, le net.
Parfois aussi, tout ce petit monde tombe amoureux, ou cherche un nouveau nom à un quartier ou une rue...
Ah, il y a aussi quelques femmes du quartier qui se font agresser... bien mystérieux, ça... limite inquiétant !

Le livre comporte des longueurs, il n'est pas toujours passionnant, en fait il ne l'est jamais, mais parfois pas inintéressant, et très pratique quand on est en manque de Japon (il coûte mons cher qu'un billet d'avion) : il permet quasiment de vivre dans cet appartement avec les autres, de faire les courses avec eux, de s'interroger sur ce qu'on va faire, pique-niquer ou pas... Ah, on loue une vidéo, ce soir ? tout ça... On est vraiment dedans.
Et puis la fin est pas mal du tout.

Bref, le style n'est pas génial (mais chaque personnage est censé raconter, quasiment oralement, son bout d'histoire, on ne peut donc pas demander du style de haut vol), les personnages sont assez vivants dans leur médiocrité globale, et il y a une bonne fin.
Un livre lisible, donc.

Ce roman a été adapté au cinéma par Isao Yukisada en 2009.


Autres livres, non traduits en français :
- Sigo no musuko (1997) Prix Bungakukai des Nouveaux Ecrivains. "Short-listé" pour le prix Akutagawa.
- Fragments (Hahen). "Short-listé" pour le prix Akutagawa.
- Toppû. "Short-listé" pour le prix Akutagawa.
- Poisson Tropical (Nettaigyo) "Short-listé" pour le prix Akutagawa.
- Tokyowan-kei (2003)
- Nichiyibi-tachi (2003)
- Haru, Baaniizu de (2004)

 

Films d'après son oeuvre :
- Haru, Bânîzu de (2006), téléfilm de Ichikawa Jun.
- 7 gatsu 24 ka dôri no Kurisumasu (2006), film de Murakami Shosuke.
- Parêdo (2009), film de Isao Yukisada. Prix FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) au festival de Berlin 2010.
Parêdo
- Onnatachi wa nido asobu (sorti directement en vidéo en 2010). Film de Yukisada Isao
- Akunin (2010), film réalisé par Sang-il Lee. De nombreuses récompenses et nominations au Japon. Sang-il Lee a adapté également 1969, de Murakami Ryû.

 

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