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HIGASHINO Keigo
(Osaka, 04/02/1958 - )


higashino keigo

Ingénieur, il commence à écrire tout en travaillant comme ingénieur dans l'entreprise qui s'appelle actuellement Denso Corporation "(équipements industriels et systèmes pour le marché automobile", nous dit wikipedia).
En 1985, il remporte le prix Edogawa Rampo du meilleur roman de mystère (cette récompense permet aux écrivains pas ou très peu publiés de se faire connaître) pour Hokago.
Du coup, il quitte son travail et démarre une carrière d'écrivain à Tokyo.
En 1999, il remporte le Mystery Writers of Japan Award (récompense des meilleurs romans policiers) pour Himitsu, adapté au cinéma dans la foulée.
En 2006, après cinq nominations, il remporte enfin le prix Naoki pour Yôgisha X no Kenshin.

En plus de ses romans policiers ou de mystère, il écrit également des essais et des livres pour enfants.

Merci wikipedia.

 

 

 

la maison  où je suis mort autrefois

- La Maison où je suis mort autrefois. (Mukashi bokuga shinda ie, 1994 ; 254 pages, Actes noir - Actes Sud, traduit par Yutaka Makino). Prix Polar International de Cognac en 2010.

Le titre, déjà, est intrigant. Que veut-il dire ?

Le prologue commence ainsi : "Celui qui était autrefois mon père m'a annoncé il y a environ un mois que la vieille maison dans laquelle j'ai vécu enfant allait être détruite." (page 7).
Intrigant, oui...

A la page suivante : "A propos de maison, il y en a une autre que je ne pourrai jamais oublier.
Contrairement à l'habitation traditionnelle de mon enfance, il s'agit d'une petite maison blanche de style occidental. Elle se dresse, solitaire, dans un coin perdu de la montagne où personne ne va jamais.
Songer à cette maison me fait encore frissonner. Ma poitrine se serre sous l'emprise d'une horreur indicible. [...]
J'ai visité cette maison blanche avec une femme. Dans le but d'y trouver quelque chose. Mais ni elle ni moi ne savions ce que nous cherchions. [...]
Aujourd'hui encore, je suis incapable de dire si nous avons eu raison de nous y rendre.
Cela s'est passé il y a deux ans.
" (pages 8-9).
Tadaaam !

Et c'est le chapitre 1. "Le téléphone a sonné chez moi. C'est ainsi que tout a commencé". (page 11).
Longtemps avant, Sayaka, la copine du narrateur avait brusquement rompu avec lui et s'était mariée.
Ils étaient ensemble depuis l'école.
Sept ans se sont passés, ils se sont revus à une réunion d'anciens élèves de terminale. Et, donc, peu de temps après, Sayaka lui téléphone : elle a un service à lui demander.
Ils se revoient, elle lui demande de l'accompagner. Où ça ?
Elle lui tend un papier.
"Je dépliai la feuille : un plan sommaire était griffonné à l'encre noire sur du papier à lettres.
Je relevai la tête.
- Qu'est-ce que c'est ?
Les lèvres de Sayaka s'entrouvrirent lentement.
- L'héritage de mon père.
- Il est mort ?
- Il y a tout juste un an. D'un infarctus.
" (pages 20-21).

C'est un itinéraire, à partir d'une petite gare dans la région de Nagano. Il y a aussi une clef.
C'est bien mystérieux, tout ça !
"- Il y a des choses qui me préoccupent dans les agissements de mon père de son vivant [apparemment, les agissements de son père, depuis qu'il est mort, ça ne la préoccupe plus tellement], continua-t-elle posément. Il aimait la pêche, et de temps en temps, les jours fériés, il partait seul, mais parfois c'était bizarre. La veille il ne préparait rien. Il n'achetait pas d'appâts, ne vérifiait pas son matériel. Et il revenait bredouille, sans le moindre poisson. Et ce n'est pas tout : en rentrant, il ne nettoyait pas sa canne à pêche. Alors qu'il n'y manquait pas d'habitude." (pages 21-22).
Hum... étrange !

Et puis, Sayaka demande à notre héros-narrateur s'il a des souvenirs d'enfance. Parce que elle, non ! Tadam ! (va-t-on avoir un truc un poil fumeux, du genre La Maison du Docteur Edwardes, le film d'Hitchcock ? Heureusement non). Elle ne se souvient de rien ! Tout cela est encore plus mystérieux...
Et si la raison de son amnésie se trouvait dans cette non moins mystérieuse maison, tiens !
Et si on y allait ?

 

Là, je fais une parenthèse, un gros plan sur notre héros, qui semble être hors du commun :
"Je n'avais pas fermé l'oeil de la nuit. Mon esprit était resté actif en réfléchissant au lendemain.
Je m'étais réveillé à sept heures du matin
" (page 33). Hum... le narrateur n'a pas fermé l'oeil de la nuit, et pourtant il s'est réveillé à sept heures... Alors : est-ce qu'il s'est endormi au petit matin ? ou bien dort-il les yeux ouverts, tout en réfléchissant, histoire de ne pas perdre de temps ?
Il est sept heures, donc. Or, notre trépidant héros doit partir à huit heures (pour la fameuse maison). Eh bien, en une heure, il :
- fait des mouvements de gymnastique ;
- prend tout son temps pour se raser et se brosser les dents ;
- lit "le journal d'un bout à l'autre"
;

- regarde les nouvelles à la télévision.
Eh oui, tout ça en une heure ! Il est vraiment très, très fort. J'ai essayé ce matin, je suis arrivé en retard au boulot.

Précisons que tout le livre n'est évidemment pas comme ça, je cite l'un des très rares passages curieux ; je suis un peu moqueur, parfois.

Mais revenons au livre, ma vie n'intéresse personne.
Le style du livre est fonctionnel, disons, mais jamais moche, il ne heurte pas. C'est écrit à la première personne, il n'y a pas de fioritures, c'est efficace.

Et puis, parfois le traducteur fait de l'humour : "Un samedi, par ce temps magnifique [...] il y avait partout des voitures de tourisme conduites par des chauffeurs du dimanche" (page 34). Hé hé ! On aura aussi un "bricoleur du dimanche" (page 157), mais là l'humour est différent, parce que je crois que c'était vraiment un dimanche.

Parlons un peu de l'histoire.
Notre narrateur et son ex-copine vont arriver à la maison.
Et, à partir de là, on va avoir une mécanique vraiment bien faite, avec découverte d'indices, supputations, révélations, remise en perspective de ce que l'on croyait avoir compris, et le lecteur pris dans l'histoire n'aura pas forcément le temps de tirer toutes les conséquences de ces renversements, il aura considéré comme vrais des éléments qu'il aurait dû remettre en perspective, et tout cela est vraiment bien fait. ("W
ouah, c'est pas vrai, il pousse, Higashino... ah... en y réfléchissant bien... je me suis fait avoir !")


Alors, bien sûr, on se dit que si certains indices avaient été découverts dans un autre ordre (ou bien si parfois nos héros étaient un peu plus rapides - car ce ne sont pas toujours des flèches : par exemple, en voyant un réfrigérateur dans une maison abandonnée à la page 52, ils ne l'ouvrent que soixante-dix pages plus loin... non, il n'y avait pas de cadavres dedans), on n'aurait pas eu ces deux cent cinquantes pages que l'on tourne pour savoir ce qu'il en était vraiment : en cinquante pages, ça aurait été fini.
Mais, alors, où aurait été le plaisir de la manipulation ?

Et si le lecteur est vraiment très pressé, il ira directement à la page 158 où se trouve un résumé. Higashino ne veut pas perdre le lecteur, alors il résume un peu par-ci par là.

A un moment, Higashino se trouve tellement bien dans ses manipulations et renversements de perspective que, à un moment, il triche un peu : je veux bien lire un texte écrit à la première personne, mais quand on m'en coupe un bout sans me le dire, et que du coup le narrateur a fait dans mon dos des trucs dont je ne suis pas au courant, ce n'est pas très fair-play. Rappelons que, contrairement à 24 heures chrono, il n'y a pas de coupure pub (on sait bien - des études sérieuses l'ont prouvé - que Jack Bauer en profitait pour boire un coup, manger un morceau, aller au petit coin et recharger son portable). Mais on découvre rapidement ce qu'il a fait, alors ça peut passer.


C'est donc un roman très habile, qui ressemble souvent à un huis clos, à une pièce de théâtre avec deux acteurs seulement. Ce n'est vraiment pas banal.

Et, bien que parfois un poil tirée par les cheveux (comme toutes les histoires d'amnésie, peut-être ?) ou légèrement artificielle, l'histoire est une mécanique de précision qui fonctionne très bien, de sorte que le lecteur se laisse délicieusement manipuler tout en essayant de percer le mystère (que nous cache-t-on ? qu'a-t-on mal compris ? où nous a-t-on induit en erreur ?).
Deux cent cinquante pages qui se lisent toutes seules : on veut vraiment connaître la suite.




Quelques films adaptés de son oeuvre :
- Himitsu (1999), réalisé par Takita Yôjirô.
- G@me (2003), réalisé par Isaka Satoshi
- Lakeside Murdercase (Reikusaido mâdâ kêsu, 2004), réalisé par Aoyama Shinji (l'auteur de Eurêka, Desert Moon...)
- Henshin (2005), réalisé par Sano Tomoki
- Tegami (2006), réalisé par Shôno Jirô
- Si j'étais toi (2007), réalisé par Vincent Perez, avec David Duchovny et Lili Taylor.
- Yôgisha X no Kenshin (2008), réalisé par Nishitani Hiroshi
- Samayou Yaiba (2009), réalisé par Mashiko Shoichi
- Baekyahaeng (2009)
, réalisé par Shin-woo Park.
- Yoake no machi de (2011), réalisé par Wakamatsu Setsurô
- Kirin no tsubasa: Gekijouban Shinzanmono (2012), de Doi Nobuhiro.

 

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