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HAUSHOFER Marlen
(Frauenstein, Autriche, 11/04/1920 - Vienne, 21/03/1970)

 

 

Marie Helene Haushofer est née le 11 avril 1920 à Frauenstein (Autriche).

Les éléments biographiques suivants sont tirés essentiellement de la "lecture" par Patrick Charbonneau du roman Le Mur invisible.

Marlen Haushofer est la fille d'un garde forestier et d'une femme de chambre.
"Les premières années de sa vie, elle les passera auprès de ses parents, à la maison forestière, jusqu'à son entrée au pensionnat des Ursulines, à Linz, en 1930" (Patrick   Charbonneau, lecture, page 327 de Le Mur invisible).
1940 : études de littérature germanique à l'université, interrompues l'année d'après. Elle se marie, et reprend ses études en 1943, qu'elle abandonne de nouveau pour fuir à Frauenstein en 1945.
Elle a commencé à écrire, et publie des contes dans un journal en 1946.
Elle est mère de deux enfants, et assistante dans le cabinet dentaire de son mari... et continue d'écrire.

Elle obtient différents prix, notamment le Prix Arthur Schnitzler pour Le Mur invisible (1963) et le Grand prix national de Littérature autrichienne pour le recueil Une terrible fidélité (1968).

Atteinte d'un cancer des os, elle meurt pendant une opération le 21 mars 1970.

- Le Mur invisible (Die Wand, 1963, traduit en 1985 par Liselotte Bodo et Jaqueline Chambon). Babel. 342 pages.

"Aujourd'hui cinq novembre je commence mon récit. Je noterai tout, aussi exactement que possible. Pourtant je ne sais même pas si aujourd'hui est bien le cinq novembre." (page 9).

Dès le début, le ton est donné : un journal, une sorte de confession, et tout de suite on sait que quelque chose de très grave s'est passé, puisque la narratrice ne peut plus donner de date.

"J'écris au dos de vieux calendriers ou sur du papier à lettres commercial jauni. Le papier à lettres vient de Hugo Rüttlinger, un grand collectionneur d'objets et un non moins grand hypocondriaque.
Il est juste que ce récit commence par Hugo, car si sa manie de collectionner et son hypocondrie n'avaient   pas existé, je ne serais pas aujourd'hui assise ici ; il est probable que je ne serais même plus en vie. Hugo était le mari de ma cousine Louise et c'était un homme assez fortuné." (page 10).

"Le trente avril, les Rüttlinger m'invitèrent à les accompagner à leur chalet. J'étais veuve depuis deux ans, mes filles étaient presque adultes et je pouvais disposer de mon temps comme bon me semblait A vrai dire je ne faisais pas grand usage de ma liberté. J'ai toujours été sédentaire de nature et c'est encore chez moi que je me suis toujours sentie le mieux." (page 13).

Alors que la narratrice reste, Hugo et sa femme vont au village pour faire des courses.
Ils n'en reviendront jamais, le monde ne donnera plus aucun signe de vie, la narratrice restera coincée dans sa montagne, à cause d'un "grand mur" qu'elle va rencontrer. A cette occasion "Mon coeur avait eu peur avant que je le sache." (page 18).
"Le mur coupait le petit pré derrière la maison et il avait sectionné deux branches de pommier. En fait, elles n'avaient pas l'air coupées, elles étaient plutôt comme fondues, si toutefois on peut se représenter du bois fondu." (page 35).

Comment la narratrice va-t-elle survivre, physiquement et psychologiquement en sachant que le monde est mort et l'a laissée derrière ? La lecture, notamment de romans policiers, a-t-elle encore un sens ? Comment l'absence de chocolat, de sucre, de dictionnaire, de musique, de livres, de peintures, bref de tout, va-t-elle influer sur son psychisme ?
"Mon unique professeur est aussi peu savant et aussi peu cultivé que moi, car je suis mon propre professeur." (page 98).

Doit-elle ressasser le passé, maintenant que le passé lui-même n'existe pour ainsi dire plus ?

"Ce dix mai en me réveillant, je pensai à mes enfants, comme à des petites filles qui trottinaient main dans la main sur le terrain de jeux. Les deux autres à peine adultes, plutôt désagréables, peu aimantes, querelleuses, que j'avais laissées en ville, étaient devenues tout à fait irréelles. Ce n'était pas leur mort que je pleurais, mais uniquement celle des enfants qu'elles avaient été de longues années auparavant. Il est probable que ça paraîtra cruel, mais je ne vois vraiment pas à qui je devrais encore mentir aujourd'hui. Je peux me permettre d'écrire la vérité, tous ceux à qui j'ai menti pendant ma vie sont morts." (page 47)

Tenter de survivre a-t-il même un sens ? "Je n'étais plus assez jeune pour envisager sérieusement le suicide." (page 47).

Elle va se rapprocher des animaux, et notamment du chien des Rüttlinger, Lynx, dont on sait (procédé permettant de créer une certaine tension, page 34) qu'il est mort au cours d'un incident violent, auquel il sera plusieurs fois fait mention.

On ne peut s'empêcher de faire des rapprochements avec des livres/films (par exemple, entre autres robinsonnades, Seul au Monde, le film de Zemeckis), mais ici l'espoir et le grand large ont disparu.

Un livre très prenant, fait avec quasiment rien. Entre les événements du début et ceux de la fin (annoncés dès le début, mais sans doute pas le meilleur du roman), il ne se passe rien, toutefois l'intérêt est constant dans cette histoire de survie.

Original, excellent, sans frime stylistique, la preuve que l'on peut faire de la littérature avec en apparence pas grand chose pour arriver à beaucoup.


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Dans la Mansarde (Die Mansarde, 1969 ; traduit en 1987 par Miguel Couffon ; Actes Sud, 226 pages).
Au début du roman, c'est dimanche. Le chapitre suivant s'intitule lundi, puis mardi, etc., jusqu'au dimanche suivant.
Au cours de cette semaine, un événement va se produire, qui va replonger la narratrice dans son passé, ou plutôt dans une évocation du passé, car elle fait tout pour ne pas vraiment y penser.
Elle a un mari et deux enfants, un garçon qui fait du droit, et une fille plus jeune, qui vit encore chez eux.
Le mari, Hubert cinquante-deux ans, adore lire des livres consacrés aux batailles du passé. "[...] puis il ouvre un livre, un récit de bataille de Saint-Gotthard-Mogersdorf, livrée en 1664. Il a une prédilection pour les livres qui racontent d'anciennes batailles et il s'imagine qu'il aurait fait un meilleur stratège que tous ces généraux vieux et croulants. C'est angoissant de voir à quel point ça le chagrine de ne pouvoir corriger le déroulement de nos batailles perdues. Ce n'est pas du patriotisme, je m'en suis rendu compte il y a longtemps, mais un désir ardent de perfection. Les batailles perdues l'attristent, quelles que soient les nations concernées.
" (page 9).
Le passé, un des grands thèmes de ce livre. Il attire, et en même temps il est dangereux, mieux vaut ne pas y penser. Il est donc préférable de s'occuper du passé historique.

A propos de la fille, Ilse, quinze ans :
"C'est une très bonne chose pour Ilse que nous n'ayons pas vraiment besoin d'elle et que nous ne nous attachions pas exagérément à sa personne. Ilse n'appartient pas au cercle très intime. Certains faits se sont produits avant sa naissance et cette enfant est née alors que ses parents avaient achevé leur vie réelle.
Elle est une «oeuvre posthume », bien que ses parents aillent et viennent comme si de rien n'était. Bon nombre d'enfants sont sans doute dans le même cas sans que personne s'en soit jamais inquiété. Je crois pourtant qu'elle est parfaitement heureuse ainsi. Ses amies l'envient d'avoir des parents qui ne s'occupent d'elle que lorsqu'elle le désire. Combien d'enfants peuvent revendiquer ce bonheur ?
Notre fils, qui a reçu le prénom du père d'Hubert et qui s'appelle donc comme le vieux Ferdinand, n'a pas cette chance. Je ne crois pas qu'il ait jamais été très heureux. Il est né, lui, avant ces événements et il a toujours été au centre de notre vie, à cet endroit où l'eau ne fait jamais de vagues mais où le moindre écart peut précipiter un corps Dieu sait où. " (pages 12-13).
"Les relations entre les enfants sont pratiquement inexistantes. La différence d'âge est trop importante." (page 15).
Les relations humaines, c'est un autre grand thème du roman. Les parents ne comprennent pas Ilse, dont les préoccupations leur sont totalement étrangères, comme si elle venait d'un autre temps - ce qui est en quelque sorte le cas. Par contre, ils ont plus de points communs (notamment un passé) avec leur fils, Ferdinand. Ils ne discutent donc que de sujets sans danger : sport, voiture, météo. Mais : "Bien sûr, nous ne connaissons pas non plus très bien Ferdinand, mais cette ignorance est comparable à celle dont nous faisonss preuve, Hubert et moi, l'un pour l'autre." (pages 126-127).
Ferdinand n'habite pas avec eux, il a pris le large dès qu'il l'a pu.
Et puis quelque chose arrive. "Je ne savais pas encore que le lendemain matin ma vie changerait d'étrange façon. Hubert ne le savait pas non plus. Je suppose qu'il ne le saura jamais, en tout cas je l'espère." (pages 19-20).
C'est un curieux passage : il montre que tout ce que l'on lit est une sorte de journal écrit à posteriori.
Personne ne parle de sa vie vraiment privée, de ses aspirations. Chacun croit connaître celle des autres, mais est-ce vraiment le cas ? Il y a tellement de zones d'ombre.

La narratrice se réfugie dans la mansarde de la maison. Là, dans son territoire - ni son mari ni ses enfants n'y vont, sauf cas exceptionnel - elle dessine, marche, dessine de nouveau. Elle dessine surtout des oiseaux." J'ai un but précis mais je n'imagine pas ce que je ferais si je l'atteignais un jour. C'est peut-être une des raisons de mon absence de progression véritable. Je voudrais dessiner un oiseau qui ne serait pas le seul oiseau sur terre. Je veux dire par là qu'il faudrait qu'on puisse s'en rendre compte au premier coup d'oeil." (pages 23-24).
Les relations humaines, et donc le corollaire : la solitude.
" J'ai quarante-sept ans, Hubert en a cinquante-deux. La vie peut continuer ainsi un certain temps. Les jours raccourcissent sans cesse, les nuits rallongent, car nous nous réveillons souvent et nous ne nous rendormons pas. Ces heures d'insomnie nous minent lentement. Je remarque tout de suite quand Hubert est réveillé. Il respire différemment, moins fort, et chacun poursuit ses pensées solitaires en souhaitant que l'insomniaque du lit d'à côté ne les devine pas." (page 38).
Les pensées, la vie de la mansarde doit y rester, et la vie du reste de la maison ne doit pas y entrer. La narratrice s'active, nettoie, fait ce qu'il faut pour que ses pensées ne vagabondent pas vers ce passé, qui est peut-être trompeur, d'ailleurs : "J'ai beaucoup de faux souvenirs, peut-être tous mes souvenirs sont-ils faux, c'est fort possible." (page 30).
Mais, bien sûr, le fameux événement qui survient va mettre un petit grain de sable, le passé va s'imposer de nouveau à sa mémoire, endigué toutefois par les règles strictes qu'elle s'est édictée, et elle est très forte à ce jeu-là.

La narratrice a une tournure d'esprit intéressante : "Je remarquai alors que le couteau à pain était posé sur la table la lame dirigée vers le haut. Je le retournai immédiatement. Un couteau ne doit jamais être posé ainsi car les âmes du purgatoire doivent alors danser sur le fil de la lame. Cette pensée me poursuit depuis l'enfance. Je ne sais pas qui m'a raconté cette histoire. Je ne crois pas au purgatoire mais l'idée que des âmes soient obligées de chevaucher la lame de mon couteau m'est insupportable." (page 124).

A la fin d'un rêve qu'elle fait, la narratrice écrit : "Et nous nous retrouvons tous ensemble ici et ne savons rien les uns des autres. (page 134).
Cela peut résumer le livre, en partie.

Un très bon roman, pas très gai, mais un peu moins bon quand même que Le Mur Invisible. La différence, peut-être, entre une situation extraordinaire, et une situation ordinaire.


Autres oeuvres traduites en français :
-
La porte dérobée (Die Tapetentür, 1957)
-
Nous avons tué Stella (Wir töten Stella, 1958)
- Sous un ciel infini (Himmel, der nirgendwo endet, 1966). "Autobiographie de mon enfance".
- La Cinquième année (nouvelles, volume 1)
- La Nuit (nouvelles, volume 2).




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