Ses parents, français, se sont expatriés en Uruguay pour fonder une banque. De retour en France pour des vacances, l'année même de la naissance de Jules, il meurent tous les deux : il devait y avoir quelque chose dans l'eau du robinet...
Son oncle et sa tante l'élèvent et s'occupent de la banque en Uruguay, et ce n'est qu'à l'âge de 9 ans qu'il apprend qu'il est adopté.
En 1894, retour en France pour ses études. Baccalauréat, service militaire (mauvais souvenirs).
Il se marie en 1907 ; il aura six enfants avec sa femme, Pilar Saavedra.
Il publie des poèmes : Comme un voilier (1910).
Il passe la Première guerre mondiale dans l'intendance...
Il continue à publier, sans soucis matériels, car il touche des rentes (la banque familiale marche bien) : Poèmes de l'humour triste (1919), Débarcadères (1922)... mais également des livres en prose : L'Homme de la pampa (1923), Le Voleur d'enfants (1926, adapté avec succès au théâtre en 1949), recueils de nouvelles (L'Enfant de la haute mer, 1931)...
Il est en Uruguay lorsque la Seconde guerre mondiale est déclarée.
La guerre finie, il ne touche plus de rente, la banque familiale ayant fait de mauvaises affaires. Comme il a la double nationalité, le gouvernement uruguayen le nomme attaché culturel honoraire à l'ambassade de Paris.
Il meurt en 1960.
Jules Supervielle est un grand poète ; on ne s'étonnera donc pas que ses écrits en prose soient poétiques.
"Tous ceux qui savent lire l'ont déjà mis au premier rang", a écrit Etiemble.
- L'enfant de la haute mer (1931). Folio, 158 pages.
Il s'agit d'un recueil de nouvelles.
- L'enfant de la haute mer
"Comment s'était formée cette rue flottante ? Quels marins, avec l'aide de quels architectes, l'avaient construite dans le haut Atlantique à la surface de la mer, au-dessus d'un gouffre de six mille mètres ?[...] Et ceci qui ne contenait que de l'eau marine et voulait sans doute être un jardin clos de murs, garnis de tessons de bouteilles, par-dessus lesquels sautait parfois un poisson ?
Comment cela tenait-il debout sans même être ballotté par les vagues ?
Et cette enfant de douze ans si seule qui passait en sabots d'un pas sûr dans la rue liquide, comme si elle marchait sur la terre ferme ? Comment se faisait-il ? [...]
A l'approche d'un navire, et avant même qu'il fût perceptible à l'horizon, l'enfant était prise d'un grand sommeil, et le village disparaissait, complètement sous les flots. [...] L'enfant se croyait la seule petite fille au monde.Savait-elle seulement qu'elle était une petite fille ?" (pages 7-8)
Qui est cette petite fille ? Parviendra-t-elle à s'enfuir de cet étrange village ?
- Le boeuf et l'âne de la crèche
C'est
la nativité vue par l'âne et le boeuf.
"L'Enfant baisse les paupières. Il a hâte de se rendormir. Un ange lumineux l'attend, à quelques pas derrière le sommeil, pour lui apprendre ou peut-être pour lui demander quelque chose." (page 30).
"Un jour, du museau, l'âne tourna délicatement le petit de son côté, pendant que la Vierge répondait sur le pas de la porte aux mille questions posées par de futurs chrétiens.
Et Marie, revenant auprès de son fils, eut grand-peur : elle s'obstinait à chercher le visage de l'enfant où elle l'avait laissé.
Comprenant ce qui venait d'arriver, elle fit entendre à l'âne qu'il convenait de ne pas toucher à l'enfant. Le boeuf approuva par un silence d'une qualité exceptionnelle." (pages 34-35).
Le boeuf est aussi un peu musicien.
"Souvent les boeufs font semblant de ruminer alors qu'au fond de leur âme ils chantent.
Le boeuf souffla délicatement dans la flûte et il n'est pas du tout sûr qu'un ange l'ait aidé à obtenir des sons aussi purs. L'enfant se dressa un peu, de la tête et des épaules, sur sa couche, pour voir. Pourtant le flûtiste ne fut pas content du résultat." (pages 37-38).
Très jolie nouvelle, un peu nostalgique.
- L'inconnue de la Seine
"« Je croyais qu'on restait au fond du fleuve, mais voilà que je remonte », pensait confusément cette noyée de dix-neuf ans qui avançait entre deux eaux. [...]
Elle allait sans savoir que sur son visage brillait un sourire tremblant mais plus résistant qu'un sourire de vivante, toujours à la merci de n'importe quoi. Atteindre la mer , ces trois mots lui tenaient maintenant compagnie dans le fleuve." (page 66)
Elle parviendra à la mer, rencontrera le Grand Mouillé...
- Les boiteux du ciel "Les Ombres des anciens habitants de la Terre se trouvaient réunies dans un large espace céleste ; elles marchaient dans l'air comme des vivants l'eussent fait sur terre." (page 85).
"On voyait passer les âmes des véhicules de tous les siècles, charrettes des rois fainéants, pousse-pousse, camionnettes automobiles, omnibus, filanzanes.
Et ceux qui n'avaient jamais connu que leurs pieds comme moyen de transport se servaient seulement de leurs pieds.
Certains ne croyaient pas encore à l'électricité, d'autres l'annonçaient pour bientôt, d'autres tournaient des commutateurs imaginaires et pensaient y voir plus clair." (page 87).
Mais là-haut rien n'est matériel, et le poids, les choses, la musique jouée avec de vrais instruments, manquent aux gens qui vivent en simulant la vraie vie, l'existence des objets avec toutes les contraintes.
"De temps en temps une voix, la seule qu'on entendît dans ces espaces interstellaires et qui venait on ne savait d'où, disait à chacun dans ce qui avait été autrefois le tuyau de son oreille : « Au surplus, n'oubliez pas que vous n'êtes que des ombres. »" (page 87).
Mais personne ne veut le comprendre, et tout le monde s'acharne à vivre comme il a vécu lorsqu'il vivait encore.
- Rani
L'histoire d'un Indien dont l'épreuve initiatique se passe mal... La moins bonne nouvelle du recueil.
- La Jeune fille à la voix de violon
Tout est dans le titre. Il s'agit d'une jeune fille qui a reçu un don très particulier.
"Un jour, comme elle tombait d'un arbre, le cri qu'elle poussa apparut dans toute son étrangeté : inhumain et musical. Elle surveilla désormais sa voix et crut y reconnaître, glissant sous les mots de tous les jours, des accents de violon et même un mi bémol ou un fa dièze, ou quelque autre impertinence...[...]
Un garçon lui dit un jour :
- Fais donc marcher ton violon !
- Je n'en ai pas.
- Là, là, dit-il, en voulant fourrer sa main dans la bouche de l'enfant." (pages 119-120).
"Parce que rien ne lui plaisait tant que de ne pas se singulariser, elle gardait généralement le silence, et s'habillait avec quelle modestie, quelle neutralité, et toujours avec un large ruban tout à fait gris autour de sa gorge musicale." (page 121).
Qu'elle est difficile, la vie, avec une telle voix... Que faire dans ces conditions ?
- Les suites d'une course
Histoire loufoque et surréaliste d'un cavalier, et de la vengeance de son cheval...
- La piste et la mare :
Cette nouvelle se déroule en Amérique du Sud. Globalement un peu anecdotique - surtout comparée aux autres nouvelles, mais la chute est très bonne.
Jolies histoires, féerie poétique souvent teintée d'une pointe de mélancolie.
Un très, très beau recueil de nouvelles, terriblement bien écrites.
Il existe une édition illustrée de la nouvelle L'Enfant de la haute mer.
- Le voleur d'enfants (1926). Roman. 158 pages.
A la sortie d'un grand magasin, le petit Antoine est séparé de sa bonne d'enfant. Perdu, il s'éloigne ; personne ne fait attention à lui, sauf un homme...
"Une lampe à arc éclaire maintenant l'homme en plein visage. Nous voyons qu'il porte une moustache mince, très noire et tombante, et quelque chose comme un regard en éventail de père de famille nombreuse." (page 9).
"Antoine reste confiant. Ce Monsieur sent bon (Une discrète odeur de propreté à laquelle se mêle un parfum d'eau de Cologne.) Et il paraît digne, digne, infiniment étoilé de dignité, comme la nuit descendant sur la terre. Antoine sent qu'il va vers un seuil de ténèbres au-delà duquel il fait clair." (page 12).
Cet homme, Philémon Bigua, un colonel d'Amérique du Sud, l'emmène chez lui. Il a déjà volé plusieurs enfants. Avec un tel prénom, il ne peut pas être mauvais. Mais que veut-il exactement ?
"Le mot volé donne à Antoine envie de se fâcher, mais les autres enfants ne l'emploient qu'avec une nuance de respect comme on dit noblesse chez les nobles, ou mes confrères de l'Académie chez les Académiciens." (page 16).
Le petit Antoine a tout pour être heureux : des camarades de jeu, une jolie chambre, un beau lit...
"Il s'endort dans des draps frais, mais son âme refuse encore de se coucher. Elle reste en marge du lit. Une heure après, elle le réveille, elle a peur d'être toute seule." (page 18).
Chez lui, sa mère s'inquiète, elle qui pourtant consacre si peu de temps à son fils unique. Ah, si seulement elle s'en était plus occupée, pense-t-elle. Qu'il lui manque, son petit Antoine !
Elle est veuve ; on voit sur la cheminée une photographie de son mari.
"C'est le portrait d'un mort : sourire qui n'est pas dupe, yeux soupçonneux, front figé. Partout où va la veuve dans la pièce, le défunt la suit de son froid regard de papier. Ce menton énergique n'a pas dû se séparer de la vie sans quelques difficultés. C'est le père de l'enfant, encadré dans son rôle d'observateur inutile, il émerge au-dessus de la terre des morts comme l'oeil d'un périscope qui tient absolument à voir ce qui se passe à la surface." (page 32)
Antoine n'est pas prisonner, il est libre. Mais voudra-t-il revenir chez lui ?
On retrouve Philémon Bigua dans Le Survivant (1928).
On ne s'en plaindra pas !
Supervielle a un style bien à lui, une façon humoristique de donner des sentiments à des objets ou des parties du corps. Par exemple, à un moment, Philémon Bigua sent une présence derrière lui :
"Sa nuque, qui en savait plus que son visage, s'inquiétait beaucoup". (page 52)
D'autres fois, comme dans L'Enfant de la haute mer, les villes, les continents apparaissent ou disparaissent comme au théâtre : "Du chant de la guitare, de ces sombres et souriants visages, de cette ambiance patriarcale où serviteurs et maîtres se trouvaient réunis, de ces silences pleins de souvenirs s'élevaient peu à peu, comme du fond des mers à l'approche d'un navire, les pays lointains." (pages 75-76)
Un très bon roman, magnifiquement bien écrit.
On regrettera profondément que l'oeuvre "non poétique" de Jules Supervielle soit aussi peu disponible en format "poche" (deux folios seulement, c'est très peu...), et difficilement trouvable (le théâtre !) même en "grand format". Heureusement, il reste les bibliothèques...
- Le Survivant (1928). Roman. Gallimard. 222 pages.
Ce roman est la suite directe du Voleur d'enfants. Curieusement, il n'est pas disponible chez folio...
Il peut être déconseillé de lire ce qui suit si l'on n'a pas lu Le Voleur d'enfants.
Le lecteur pouvait croire que Philémon Bigua avait réussi son suicide lorsqu'il l'a vu se jeter à l'océan, quelque part entre l'Europe et l'Amérique du Sud, et le bateau s'éloigner. Mais pas du tout ! Le premier lieutenant du bateau a remarqué que, là où se trouvait un passager un moment auparavant, il n'y a maintenant plus que le vide !
L'alerte est donnée... "Le bateau qui s'arrête en pleine mer, comme il ressemble à un long cercueil !" (page 15).
Pendant ce temps, le colonel Philémon Bigua nage.
"Dans la mer plate, il avançait avec d'autant plus de sérénité qu'il était sans espoir. Ses forces diminuaient. [...] Bigua se retournait dans la mer comme il l'eût fait dans son lit.
- Mes frères les noyés, ne voulez-vous donc pas encore de moi ?" (pages 19-20).
"Bigua nageait, ou il faisait la planche sans presque s'en rendre compte, puis se remettait à avancer dans l'eau tiède et nocturne qui reflétait le ciel. Et il déplaçait légèrement les étoiles." (page 21).
Sa femme, Desposoria, "prend dans un tiroir du lavabo sa boîte de poudre de riz, un bâton de rouge, un flacon de lait pour le teint, non encore débouché, elle les lance dans la mer. Puis elle enlève ses bagues et les jette par le hublot.
- Pour qu'il revienne, mon Dieu !
Seule, maintenant, son alliance lui restait au doigt." (page 15).
Ses offrandes ont dû être acceptées, car Bigua est repêché : "On embarque à bord du canot une espèce de mannequin rigide, tout ruisselant d'Atlantique-Sud. Il avait fallu le tirer avec force en arrière. Bigua voulait nager toujours. Comme s'il venait d'être réenfanté à quarante-cinq ans, par la nuit et par la mer, il était là, maintenant, les bretelles flottantes, la bouche ouverte, les yeux fixes. On eût dit qu'il avait avalé sa conscience. La mort l'avait tourné et retourné, tâté dans tous les sens, ausculté, reniflé et truffé." (page 21-22).
A Montevideo, Philémon ses enfants adoptifs et sa pupille sont accueillis par des militaires, mais "il n'aspirait qu'à être l'homme qui retourne dans son pays avec sa femme et ses enfants, après une longue absence. Un fils qui va embrasser sa mère. Au surplus, son pays était en paix, le mouvement anti-présidentiel ayant avorté en quelques jours.
L'officier qui s'était adressé à lui tout à l'heure, monta à cheval, l'air mécontent, et s'éloigna avec ses hommes, derrière une musique horriblement silencieuse." (pages 36-37).
Outre sa mère, le colonel revoit son frère et ses soeurs :
"Des deux plus jeunes soeurs de Bigua, l'une venait de se fiancer. L'autre était une beauté ardente ; la brusquerie de ses gestes et de ses éclats de rire se remarquait au premier abord. Mais dès qu'elle s'immobilisait, on était frappé par la profondeur presque stupéfaite de ses yeux noirs. Elle les tenait d'une grand'mère morte depuis vingt ans, et ils ne semblaient pas encore tout à fait habitués au mince visage de la jeune fille, visage qui rappelait celui d'un grand-oncle vivant encore dans les pampas." (page 63).
Comment se passeront ses retrouvailles avec sa famille, après tout ce temps ?
"On faisait à la dérobée l'inventaire des rides sur les visages" (page 46).
La maison de famille aussi a un peu changé.
"- Et cette cheminée ?
C'était maintenant une vraie cheminée alors qu'elle avait été peinte en trompe-l'oeil durant vingt ans. On eût dit qu'elle avait fini par sortir du mur à force d'y penser" (pages 47-48).
Comment évolueront les relations entre Bigua, Marcelle - sa pupille dont il est amoureux - , Joseph, qu'il avait chassé de chez lui mais qui est devenu marin, Antoine - le fils qui le comprend le mieux - et toute la famille ?
Après son suicide, le colonel Bigua trouvera-t-il enfin la paix de l'âme ?
Un bon roman, peut-être un petit cran en-dessous du Voleur d'enfants, dans le sens où il y a moins de nouveautés, mais un très beau roman quand même, qui apporte une vraie conclusion à l'histoire.
- L'Homme de la pampa (1923). Roman. L'Imaginaire. Gallimard. 188 pages.
Premier roman de Supervielle, il commence presque ainsi :
"Dans le wagon qui l'emportait vers le Nord, tête nue à la portière, il laissait le vent champêtre jouer sur son crâne où des cheveux en étroites averses et une calvitie ensoleillée faisaient le beau temps et la pluie.
Des impressions d'enfance lui parvenaient, par fraîches bouffées, en pleine figure. Ses premières années ne reposaient-elles pas aux vivaces frontières de sa mémoire dans un berceau gardé la nuit par la lune bleue des pampas et le jour par un couple de vanneaux aux cris si aigus qu'il les entendait encore ?
Follement, son âme de cinquante ans plus agile que ses jambes s'ébattait au grand air. " (page 11).
Le héros, Fernandez y Guanamiru, retourne dans le domaine familial après un court voyage : "Las Delicias qui montre toute l'année, tendu sur ses six plages, un ciel soulevé par le vent." (page 112).
Chez Supervielle, le paysage n'est jamais loin du décor.
Le maté aussi est là.
"La bouilloire, noire sur fond noir, culottée de partout jusqu'au bout de son bec, condamnée à brûler sans relâche, montrait sans honte son ventre encroûté de plusieurs couches de suie superposées. Et pourtant l'eau limpide sortait de là, au premier appel du gaucho, l'eau obéissante et radieuse comme une fiancée. Mélangée au maté, elle vous donnait jusque dans vos ancêtres couchés dans la mort, une intense sensation de bien-être." (pages 22-23).
Guanamiru a fait construire une immense bâtisse, créé un parc incroyable, surréaliste. Un Papou dégoûté de l'anthropophagie, deux indigènes des sources supérieures de l'Orénoque discutent salaire "avec un homme des bois uniquement vêtu de branches très sèches et à qui il était défendu de fumer" (page 34)...
Des hommes composent "des cocktails avec les eaux de tous les grands fleuves du monde mises en barrique à la source. Ils y versaient quelques gouttes de pluie glacée au moment de servir et, pour colorer le tout sans que l'estomac en souffrît, donnaient aux consommateurs des lunettes à verres de couleurs cherry, champagne, absinthe, curaçao, black and white, rainbow." (page 35).
Mais il s'ennuie un peu.
"Un jour, comme il cherchait un livre dans sa bibliothèque, Les Volcans de Fuchs attirèrent ses deux mains tourmentées d'inconnu." (page 37).
Il décide de construire un volcan. "Ce projet lui était arrivé la veille par la fenêtre qu'il avait eu la précaution de laisser grande ouverte ; il attendait un événement considérable. [...]
« J'ai besoin d'un volcan pour être heureux et je veux pouvoir en jouir sans quitter ma propriété. [...] » " (page 38).
Cela ne se passera pas comme prévu, et il décide d'aller en Europe. Avec son volcan.
"La ville de Las Delicias venait d'être étouffée à l'horizon entre le lit de la mer et l'édredon d'un nuage d'où s'échappaient des mouettes. Longtemps, Guanamiru demeura accoudé au bastingage, les yeux fixés sur l'immense plaine maritime.
À mesure qu'elles se déroulaient, il pensait créer ces vagues tant elles prolongeaient exactement autour de lui l'inépuisable houle de son âme." (page 75).
Et le voici en Europe, où il fait des rencontres étonnantes, où il lui arrive nombre d'aventures extravagantes, surréalistes.
"[...] alors qu'il hésitait sur ses deux pieds dont l'un pointait vers les Antilles et l'autre vers la mélancolie" (page 115), il rencontre une mystérieuse jeune femme, Line du Petit Jour, qui vient "de rentrer d'un double voyage autour du monde, de l'Est à l'Ouest dans les bras d'un poète haïtien, puis, en sens inverse, sur les genoux d'un poète scandinave." (page 119).
Ce roman est un peu moins abouti que ses romans suivants, peut-être à cause de l'histoire surréaliste qui va parfois dans tous les sens.
Mais il est tellement bien écrit, il y a tellement d'invention, de poésie et de loufoquerie que l'on pardonnera bien volontiers l'histoire parfois un peu lâche.
Autres oeuvres (non poétiques) de Jules Supervielle :
-
La Belle au bois, théâtre
- Bolivar, suivi de La Première famille, théâtre
- L'Arche de Noé, nouvelles
- Robinson, théâtre
- Shéhérazade, théâtre
- Le Voleur d'enfants, théâtre
- Premiers pas de l'univers, nouvelles
- Boire à la source, mémoires
- La Belle au bois dormant, suivi de Robinson, théâtre
- Le Jeune homme du dimanche et des autres jours, roman
- Les suites d'une course suivi de L'Etoile de Séville, théâtre.
Au cinéma :
- Le Fruit mordu (La Fruta mordida, 1945), réalisé par Jacques Rémy. Il s'agit du seul film de ce réalisateur, scénariste de nombreux films.
- Shéhérazade (1971), téléfilm d'après la pièce de théâtre. Réalisé par Pierre Badel, avec Claude Jade, Pierre Michaël, Tsilla Chelton. Un téléfilm repasse rarement à la télévision, et la pièce de théâtre est évidemment introuvable.
- Le Voleur d'enfants (1981), téléfilm de François Leterrier, avec Sami Frey dans le rôle du colonel Bigua.
- Le Voleur d'enfants (1991), film de Christian de Chalonge, avec Marcello Mastroianni dans le rôle du colonel Bigua. On y trouve également Virginie Ledoyen.
- L'Enfant de la haute mer (partie de "En mai, fais ce qu'il te plaît", 2002), réalisation de Laetitia Gabrielli, Pierre Marteel, Mathieu Renoux et Max Tourret. Musique de René Aubry.