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Honoré de BALZAC
(Tours, 20/05/1799 - Paris, 18/08/1850)

Balzac. Daguerréotype
de Louis-Auguste Bisson (1842).
"Comme on sait, les primitifs ont peur que l'appareil photo ne leur vole une part de leur être. Dans les mémoires qu'il publia en 1900, Nadar raconte que Balzac ressentait de même une « appréhension vague » quand il était photographié." (Susan Sontag, Sur la photographie)
Le plus grand romancier français.
On pourra trouver sa biographie, mieux que je ne saurais le faire, sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Balzac ).

Eugénie Grandet. 1833. Folio. Edition présentée, établie et annotée par Samuel S. de Sacy. 253 pages.
Le titre est Eugénie Grandet, mais le personnage agissant, c'est son père, un ancien tonnelier.
Comme le fait remarquer Samuel S. de Sacy, le père n'est pas un avare dans le sens de l'homme qui aime contempler son or de façon stérile, au début du roman. Car, même s'il aime le contempler, il préfère en gagner, il est prêt à se séparer d'une partie de son argent pour gagner plus. Son grand plaisir, c'est de tirer des ficelles, étudier la tendance des marchés, faire des coups. Et, bien sûr, ne pas gaspiller l'argent.
Ainsi, lui-même, sa femme, sa fille et la servante - Nanon - ne vivent-ils pas vraiment dans l'opulence.
"" (page 43-44).
Il y a donc ce qu'il faut pour accueillir correctement les visiteurs, au rez-de-chaussée.
Le Père Grandet a beaucoup d'argent, et une héritière unique : Eugénie. Deux prétendants principaux vont s'opposer, secondés par des partisans. Nous avons ainsi le clan des Cruchotins et celui des Grassinistes.
"" (page 44). C'est l'anniversaire d'Eugénie... "" (page 44).
"" (page 55).
Un cousin va survenir... et semer le trouble dans le coeur d'Eugénie. Mais l'amour romantique ne cadre pas avec les plans du Père Grandet.
Manipulations, appât du gain, illusions perdues, sentiments écrasés par l'argent et la soif de pouvoir, tyrannie d'un homme qui gâche la vie de sa famille et de sa fille, qu'il aime pourtant...
Un roman excellent et vraiment terrible.
Si je puis me permettre de porter un modeste jugement de béotien sur un chef-d'oeuvre de la littérature.

Le Père Goriot. 1834. Folio. Préface de Félicien Marceau. Notice et notes de Thierry Bodin. 436 pages.
Un des romans les plus importants de Balzac.
On y fait la connaissance de nombreux personnages qui vont revenir dans plusieurs ouvrages de la Comédie Humaine.
Comme dans Eugénie Grandet, le personnage-titre n'est pas celui que l'on voit le plus.
Parmi les pensionnaires de la Maison Vauquer (une pension), on a donc le père Goriot, qui paraissait riche lorsqu'il a emménagé mais qui, au fil des années, monte d'étage en étage pour louer des chambres de plus en plus petites et misérables. Que cache-t-il ?
"" (pages 53-54).
Parmi les personnages marquants, on trouve un autre pensionnaire : Eugène de Rastignac. On le reverra notamment dans La Maison Nucingen, Splendeurs et misère des courtisanes, etc.
"" (page 31).
Rastignac fait ses débuts dans la société. Il commet des bourdes, mais il apprend, et vite.
"" (pages 105-106).
On rencontre aussi Vautrin, un drôle de type, grand, costaud, dont la quatrième de couverture dévoile le passé qu'on n'apprend normalement que tard dans le livre. Il semble en connaître un bon bout sur la vie et la société, et ne se fait aucune illusion. Il a une attirance pour Eugène de Rastignac, qu'il tente d'amener sur la mauvaise pente : il devrait laisser tomber le droit, il y a des moyens plus rapides et plus sûr de faire de l'argent. Il explique la vie à Rastignac, dans une analyse très lucide.
"."
Rastignac hésite...
Madame de Beauséant, cousine d'Eugène, lui parle ainsi du monde :
"" (page 115).
Parmi les pensionnaires moins importants, on trouve notamment Victorine Taillefer, une jeune fille malheureuse, dont Balzac écrit : "" (page 35). Elle a un père riche, mais qui ne la reconnaît pas. Elle aura une certaine importance dans l'histoire, quasiment malgré elle.
On trouve des notations très actuelles (même si l'on ne peut pas dire que l'arrivisme et la volonté de réussi à tout prix ne soient pas actuels). "" (page 208).
Eugénie Grandet, c'était un peu de la musique de chambre. Ici, c'est symphonique. L'échelle a changé, les psychologies sont plus diverses, certains personnages vraiment intrigant (Vautrin, plus qu'Eugène de Rastignac ou le père Goriot). C'est un roman sur l'arrivisme, l'égoïsme... et le choix de vie. Eugène de Rastignac - car, au bout du compte, c'est lui le personnage principal, et certains ont parlé, à propos de ce livre, d'une Education sentimentale - doit-il suivre la voie de la vertu, ou bien doit-il faire ce qu'il faut pour arriver, quels qu'en soient les moyens ? (les différents personnages du roman pouvant être mis dans l'une ou l'autre catégorie).
Parfois, le roman fait un peu penser à du théâtre (minutieuse description du décor avant de faire apparaître les personnages). On suit le progression de plusieurs histoires, qui aboutissent toutes en même temps (pauvre madame Vauquer, si l'on peut dire !), créant pour un court moment un effet burlesque quasiment de vaudeville.
C'est vraiment un très grand roman (ce que tout le monde sait, ce n'est pas un scoop), qui est en même temps, en quelque sorte, le début d'un plus long roman, car on a vraiment envie de savoir ce qu'il va advenir de certains personnages. C'est une sorte de portail, l'entrée d'une gare où l'on voit, parfois pour un bref instant, une multitude de personnages, tout un monde.
A titre anecdotique, on notera l'utilisation de mots d'argot, notamment "Sorbonne". La sorbonne est la tête de l'homme vivant, son conseil, sa pensée. La tronche est un mot de mépris destiné à exprimer combien la tête devient peu de chose quand elle est coupée. (page 250). On pourra comparer avec Le dernier jour d'un Condamné (1829), de Victor Hugo : "La tête d'un voleur a deux noms : la sorbonne, quand elle médite, raisonne et conseille le crime ; la tronche, quand le bourreau la coupe. (page 50 dans l'édition de Roger Borderie, chez Folio).

Le Lys dans la vallée. 1836. Folio. Edition d'Anne-Marie Meininger. Préface de Paul Morand. 435 pages.
Balzac aurait dit « Je referai Volupté » (le roman de Sainte-Beuve). "Sur le terrain du style, le duel a dû valoir bien des boursouflures au Lys" (postface, page 336). Mais, plus qu'un remake, le livre de Balzac contient de très nombreux éléments autobiographiques.
Le roman est composé presque entièrement d'un long texte écrit par le narrateur, Félix de Vandenesse, à la femme qu'il aime, la comtesse Natalie de Manerville. Natalie voulait connaître le passé de Félix. Il a longtemps refusé, mais il cède finalement :
"" (page 15).
Suit le récit de la vie de Félix. Son enfance, malheureuse : contrairement à son frère, il n'est pas aimé par sa mère. Dans sa préface, Anne-Marie Meiniger dit que ce n'est pas cela : ce n'est pas qu'il n'est pas aimé, mais bien qu'il est haï, ce qui est une différence de taille. Il est mis en pension, n'a pas d'argent...
"" (pages 28-29).
Sevré d'amour, Félix en sera marqué toute sa vie, et aura soif de cet amour (bien avant Freud, il savait déjà que c'était la faute de la mère).
Un jour, Félix est amené à assister à un bal. Il y rencontre une femme, plus âgée que lui (on pourrait encore parler de Freud). C'est Madame de Mortsauf. Il est ébloui :
"." (page 33). Il lui déclare sa flamme d'une façon quelque peu originale, qui la scandalise.
Il réussira très vite à la retrouver. On va dire que c'était leur destin, plutôt que de penser qu'il s'agit d'un hasard un tout petit peu tiré par les cheveux.
Notre Félix arrivera-t-il à ses fins ? En effet, madame de Mortsauf est son Lys : elle est toute pure, toute astrale, elle aime se torturer le plus possible pour pouvoir offrir ses souffrances à Dieu. Et, heureusement pour elle, les difficultés abondent : mari insupportable ("", pages 53-54), enfants malades... Elle peut se sacrifier, se dévouer à loisir.
Le texte comporte parfois des descriptions curieuses. A propos de Madame de Mortsauf : "" (page 47).
A part cela, le roman est plein de larmes : ça pleure toutes les trois pages, ça parle avec exaltation de bonheurs, de malheurs, du devoir, de félicités infinies, de suicide dans le fleuve... la Comtesse est qualifiée d'Ange de Sainteté, etc.
"" (pages 75-76)
Ah la la...
On me dira que la sensibilité de l'époque était différente de la nôtre. Certes. Mais il n'y a pas toutes ces niaiseries et ces pleurs dans Eugénie Grandet ou le Père Goriot. Et c'est ce qui est étonnant, car le Lys est censé toucher personnellement Balzac, qui y a mis beaucoup de souvenirs, de situations vécues. Mais il est tellement moins fort, moins intelligent, pénétrant, puissant, que les deux romans cités ! Sur la forme déjà, il en fait des tonnes (est-ce volontaire ? s'inscrit-il dans un genre, celui du roman de Sainte-Beuve ?).
Ainsi, on a droit au "" (page 91), mais on peut aussi lire :
"" (pages 64-95).
""
Quand Madame de Mortsauf écrit une lettre au narrateur, c'est tout de suite plus intéressant (il faut attendre 150 pages de larmes et autres jolies choses touchantes). Elle lui explique la vie, comme dans Le Père Goriot, Vautrin ou Madame de Beauséant l'ont fait pour Eugène de Rastignac (qui, comme Félix, courtise des femmes plus âgées que lui).
On a, par exemple (pages 159-161) :
"."
A part quelques pages qui sont du vrai bon Balzac, le reste est trop long, le style boursouflé. Que de niaiseries, pense-t-on. Mais, à deux reprises, le narrateur se prend de grandes claques qui lui remettent les pendules à l'heure. Un vrai plaisir à lire.
C'est un peu perturbant... qu'en penser ? Finalement, ce n'est pas le roman qui est niais, c'est Félix de Vandenesse. Mais, comme il est censé être l'auteur de 99% du texte, forcément...
Mieux vaut aimer le romantisme exacerbé pour apprécier Le Lys dans la Vallée. Et ce n'est vraiment pas le roman par lequel aborder Balzac. Par contre, si on n'accroche pas avec Eugénie et Goriot, celui-ci aura sans doute sa chance.
Mais peut-être le jeune (enfin... plus vraiment) critique est-il implacable...

En couverture : Gérôme, Les Conspirateurs (détail)
- Une ténébreuse affaire. 1841. Folio. Edition de René Guise. 305 pages.
Ce livre est souvent considéré comme un des premiers romans policiers. Le titre ne ment pas, c'est une ténébreuse affaire, et en même temps une histoire sombre.
Au début du roman, nous sommes en 1800, et nous faisons la connaissance d'un dénommé Michu :
"" (pages 23-24).
Ça commence bien !
Michu est le régisseur d'un domaine. Il a occupé ce poste à la suite de l'exécution du marquis et de la marquise de Simeuse. Du vivant de ceux-ci, Michu était garde-général, il avait été "comblé de bienfaits par la marquise"... mais a tout de même assisté à leur exécution. Le titre du premier chapitre s'appelle "Le Judas", on comprend pourquoi. Même si rapidement, on voit que ce n'est pas aussi simple, bien sûr.
Alors que notre Michu s'occupe de sa carabine, deux hommes surviennent, des Parisiens qui ont bien l'air d'espions, des suppôts de Fouché... Michu a un curieux pressentiment.
On fait bientôt la connaissance de Laurence de Cinq-Cygne. "" (page 61).
Elle paraît donc un peu stupide. "" (page 59).
"" (page 62).
Laurence de Cinq-Cygne est calme, posée.
"" (page 61).
Bref, c'est un peu wonderwoman, mais une wonderwoman humaine. Elle est animée d'une très grande volonté, c'est une héroïne. Elle est le personnage principal de l'histoire, et est aimée notamment de ses cousins jumeaux Simeuse (comment se décider pour l'un plutôt que pour l'autre ?).
Balzac recourt à des procédés comme : " " (page 92).
Et la ténébreuse affaire commence, des événements difficilement
explicables
surviennent, des innocents sont accusés, tout semble les désigner coupables, il y a procès, comme annoncé. L'occasion de voir un peu comment fonctionne la machine judiciaire de l'époque.
"" (page 193).
"" (page 199).
Une ténébreuse affaire est une histoire très sombre, à rebondissements, pas toujours simple (il vaut mieux, contrairement à moi, bien connaître cette époque), inscrite dans les événements politiques de 1800 (Marengo, Napoléon, les complots, les Royalistes, les Républicains....) et se base sur un fait réel, le mystérieux enlèvement d'un sénateur... C'est aussi le beau portrait de Laurence de Saint-Cygne, mais c'est finalement un Balzac quand même moins mémorable que Eugénie Grandet ou le Père Goriot.

Le Chef-d'oeuvre inconnu et autres nouvelles. Edition d'Adrien Goetz. Folio classique. 381 pages.
1/ Le Chef-d'oeuvre inconnu. (1832) 33 pages.
"" (page 45).
Il y a la chair, mais il manque l'esprit qui est la vie.
Le Chef-d'oeuvre inconnu parle de la poursuite d'un idéal de peinture. Avec le temps, on a pu le lire comme une critique - ou une apologie, au choix - d'un certain art contemporain (Jackson Pollock). "Saluer en Balzac un prophète de l'art contemporain c'est être contraint d'admettre aussitôt que ce fut malgré lui. « Il est reconnu qu'il [l'artiste] n'est pas lui-même dans le secret de son intelligence », écrit-il, conscient comme toujours de son inconscience, en 1830, dans un article de La Silhouette intitulé Des artistes ." (Adrien Goetz, page 19).
C'est une très curieuse et très intéressante nouvelle, à la chute bien connue. J'aurais bien aimé la lire sans connaître la fin.
"" (préface, page 10).
Certains y voient un autoportrait de Balzac, qui retouche, retravaille sans cesse ses oeuvres. Bref, on peut y avoir plein de choses, des intentions qu'il a eues, ou bien n'a jamais eues.
C'est un texte qui parle du but de la peinture ("", page 43), et des moyens d'y parvenir, notamment d'une opposition, mise en exergue dans l'introduction, " [...]"). C'est en gros le néo-classicisme face au romantisme. Faut-il avoir un souci de réalisme, ou bien faut-il faire passer une émotion à travers une façon de faire qui ne reproduira pas scrupuleusement la réalité, mais qui l' exprimera mieux ?
2/ L'Elixir de Longue vie (1830). 30 pages.
Nous sommes dans une Italie fantaisiste. "Dans un somptueux palais de Ferrare, par une soirée d'hiver, don Juan Belvidéro régalait un prince de la maison d'Este." Ce don Juan Belvidero festoie en attendant la mort de son père, qui est très vieux. Enfin, don Juan est appelé, son père est très mal.
"" (page 82), dit don Juan.
"" (pages 82-83).
Très bonne nouvelle fantastico-grotesque, avec une jolie fin...
3/ L'Auberge rouge (1831). 42 pages.
Là, on est dans l'enquête policière. 1799, en Allemagne. "" Ces deux jeunes gens vont dormir dans la même pièce qu'un riche négociant...
"" (page 120).
Pas mal. On notera qu'un des protagonistes est un certain M. Taillefer, le père de Victorine, vue dans le Père Goriot.
4/ Maître Cornélius (1831). 73 pages.
Un histoire d'amour, de mystérieux vols, des innocents accusés à tort, Louis XI en enquêteur... Des personnages d'avares, des péripéties un peu tirées par les cheveux... Le lecteur devine assez tôt ce qu'il en est.
Balzac s'amuse aussi un peu : " [...]" (page 194-195).
L'auteur des notes n'est pas en reste : à la suite de la phrase "" (page 180) se trouve une note, qui indique : ""
Intéressant, agréable, mais un peu mineur.
5/ Un drame au bord de la mer (1834). 24 pages. C'est un texte très différent des autres.
" [...]" (page 225)
Le narrateur et son amie, Pauline, se promènent du côté du Croisic. On a droit à de belles descriptions.
"" (page 227)
"" (page 228).
Ils rencontrent un pêcheur, qui va leur raconter une histoire fort triste.
Un beau texte, mélancolique.
6/ Facino Cane (1836). 16 pages.
Un étudiant est invité à une noce par sa femme de ménage.
"" (page 254).
Il remarque un joueur de clarinette, un aveugle. Un type curieux, qui a une bien étrange histoire à raconter, sur sa jeunesse à Venise...
"." (page 261). L'or est une passion pour lui...
Une petite nouvelle, intéressante, mais loin d'être un chef-d'oeuvre.
7/ Pierre Grassou (1839). 26 pages.
"" (page 271)
Balzac parle de peinture, de peintres, fait la description d'un atelier.
"" (pages 273-274). On fait donc la connaissance de Pierre Grassou de Fougères, un peintre honnête, à la volonté touchante de bien faire et d'être très conscient de ses limites, qui va connaître un succès bourgeois.
Très bonne chute, très bonne nouvelle.
Globalement, un excellent recueil de nouvelles qui tournent autour de l'art, avec quelques incursions dans le fantastiques. Mais n'y a-t-il pas, par essence, un peu de fantastique dans l'acte créatif ? (ça fait sérieux, comme phrase de conclusion, tiens... une fin ouverte, tout ça...)
Balzac a également écrit de la poésie. Par exemple, extraite d'un roman de jeunesse, Clotilde de Lusignan (1823).
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