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JAMES Henry
(New York, 15/04/1843 - Chelsea, 28/02/1916)

 

Un des plus grands auteurs américains (ou anglais) du XX° siècle.
Sa découverte en France fut tardive du fait d'une erreur de jugement de Gide qui trouva les personnages de James trop "mondains" (à noter qu'il avait rencontré James en 1912). Et James alla rejoindre Proust dans la liste des refusés de Gallimard.

"En prononçant, en 1920, un avis négatif face à l'hypothèse de la traduction en français de nouvelles de Henry James et de leur possible parution dans la toute-puissante NRF, André Gide rendit à l'écrivain américain un service paradoxal : celui d'avoir considérablement retardé sa découverte et sa reconnaissance en France. De sorte que, considéré dans le monde anglo-saxon comme le dernier grand écrivain du XIXe siècle, éventuellement le romancier précurseur du XXe siècle naissant, Henry James (1843-1916) est lu ici, chez nous, comme un parfait moderne, surgi dans le paysage au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ayant fait irruption comme un prodigieux continent englouti émergeant des eaux. Un monde en soi, où l'air même qu'on respire est à nul autre comparable. Un monde n'affichant en outre aucun stigmate de l'obsolescence qu'aurait pu induire le décalage chronologique imputable au jugement éminemment discutable de Gide.
Est-ce pour cela qu'aujourd'hui encore on a l'impression d'en être, avec Henry James, au stade de l'exploration, de la découverte – bien davantage qu'à celui de la relecture, certes féconde, mais confortable, d'un quelconque classique de la littérature mondiale ? Sans doute. Les traductions de ses romans, de ses nouvelles, se sont multipliées depuis quelques décennies, mais autour de son œuvre demeure comme une opacité, comme une énigme à lever. Ce secret, tout ensemble magnifique et effrayant, est au cœur même de cette œuvre, en est le noyau, la respiration propre, mais tient aussi à ce caractère presque de nouveauté absolue qui persiste autour de l'écrivain. " Télérama °3172, 30 octobre 2010.

A part ça, on pourra bien sûr lire une vraie biographie sur wikipedia.

 

- Les Papiers de Jeffrey Aspern (The Aspern Papers,traduit de l'anglais par M. Le Corbeiller). Bibliothèque cosmopolite, Stock. 147 pages.
Le roman commence ainsi :
"
J'avais mis Mrs Prest dans ma confidence : à la vérité, sans elle, j'aurais bien peu avancé mes affaires, car l'idée féconde qui conduisit toute l'entreprise me vint par ses lèvres amies. [...]
Mrs Prest ne savait rien des papiers, mais s'intéressait à ma curiosité, comme à toutes les joies et tous les chagrins amis. Tandis que nous allions, glissant dans sa gondole au toit sociable, l'étincelant tableau vénitien s'encadrant à droite et à gauche dans la petite fenêtre mobile, je vis que mon ardeur l'amusait vraiment beaucoup et qu'elle considérait mon intérêt dans un butin possible comme un beau cas de monomanie.
" (pages 7-9 ; la traduction paraît un peu bizarre... la volonté de "faire vieux", peut-être ?).

Le narrateur cherche à mettre la main sur un paquet de lettre de Jeffrey Aspern, un poète.
"
Elle affecta de traiter légèrement son génie et je ne pris aucune peine pour défendre mon dieu : son dieu est par soi-même sa propre défense. D'ailleurs, aujourd'hui, après sa longue période d'obscurité relative, il brille haut au firmament de notre littérature, ainsi que chacun peut le voir ; il est une part de la lumière qui éclaire notre chemin. Tout ce que j'en dis fut que, sans doute, ce n'était pas un poète de femmes ; ce à quoi elle répondit assez heureusement qu'il avait été celui de miss Bordereau." (pages 9-10).
Miss Bordereau, c'est la vieille femme (mais avant d'être vieille, longtemps, très longtemps auparavant, elle fut jeune, et aimée de Jeffrey Aspern) qui possède ces fameux papiers, et qui ne veut pas les montrer aux exégètes du grand poète. Qui sait ce que contiennent ces papiers ! Et que c'est rageant de savoir que pas bien loin, quasiment à portée de main, se trouvent peut-être des oeuvres inédites, ou du moins des textes qui pourraient éclairer d'une lumière inédite les oeuvres du poète...
La vieille vit recluse avec sa nièce dans un vieux palais de Venise.
"
La gondole s'arrêta, le vieux palais était devant nous ; c'était une de ces maisons qui, à Venise, portent ce noble nom jusque dans la plus extrême décrépitude. « Que c'est joli ! ce gris et ce rose ! » s'écria ma compagne ; c'était la description la plus juste qu'on eût pu faire. Le palais n'était pas remarquable par son ancienneté, il datait seulement de deux ou trois cents ans ; et sa vue ne donnait pas tant l'idée de de décadence que celle d'un découragement paisible, comme s'il avait en quelque sorte manqué sa carrière. Mais sa large façade, avcc son balcon de pierre régnant d'un bout à l'autre du piano nobile - ou premier étage avait une bonne allure architecturale grâce à ses pilastres et ses arcades diverses ; et le stuc, dont ses murs avaient autrefois été enduits, était d'un ton rosé en cet après-midi d'avril. [...]
« Je ne sais pourquoi.... il n'y a pas de pignons de briques, dit Mrs Prest, mais ce coin m'a déjà paru plus hollandais qu'italien plutôt Amsterdam que Venise. Il est anormalement propre pour quelque raison personnelle ; et, bien qu'il soit possible d'y passer à pied, c'est à peine si quelqu'un pense jamais à le faire. C'est aussi négatif - étant donné le lieu - qu'un dimanche protestant.
" (pages 13-14).
C'est vraiment bien écrit...

Comment notre héros va-t-il réussir à s'introduire dans la maison de cette vieille dame revêche ? Réussira-t-il à mettre la main sur ces fameux papiers ? Jusqu'où osera-t-il aller pour parvenir à ses fins ?

Un court texte vraiment très bon. La vieille dame et la nièce sont très bien "dessinées", la nièce un peu naïve à la jeunesse sacrifiée, et la vieille à la logique parfois impénétrable, mais pleine d'avarice. En gros.





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